Je suis vraiment admiratif du travail de Peter Jackson sur ses relectures de « King Kong » et du « Seigneur des Anneaux ». Il a matérialisé les fantasmes ultimes de nos c½urs d'enfants éternels élevés dans les contes et les rêves d'aventure.
Pourtant, je ne suis pas entièrement convaincu par son remake du « King Kong » originel, auquel il se veut le plus fidèle possible. Fidèle, il l'est dans la trame de l'histoire puisqu'il nous propose le premier remake du film original se déroulant dans les années 30, avec la Grande Crise Economique en toile de fond. Il l'est également dans l'esprit, en remettant au premier plan le bestiaire préhistorique qui rendait le film de 1933 si impressionnant.
Il se permet même le luxe de surpasser son modèle sur le terrain de l'émotion, puisque son singe, à travers des effets spéciaux vraiment réussis, est bouleversant d'humanité et parvient à rester crédible au c½ur de cette romance improbable entre la Belle (jouée à merveille par une pourtant bien consensuelle Naomi Watts) et la Bête. Il faut dire aussi que la version des années 30 se focalisait peu sur la romance entre Ann Darrow et le roi Kong, lui préférant le désir primaire que ressentait la Bête pour la Belle...
Mais plus encore que « Le Seigneur des Anneaux », le film qui nous intéresse ici n'est pas avare de défauts. On sent que les scénaristes ont voulu créer des personnages palpables et des situations caustiques sensées enrichir la trame de l'histoire. On sent qu'ils ont voulu étoffer l'intrigue par des relations humaines fouillées entre les divers protagonistes. Mais le tout est fait avec si peu de finesse que c'en est surfait au possible ! C'est bien simple : on s'en fout de ce qu'ils se racontent ! A ce titre, le (trop) long passage sur le bateau en route pour l'Île du Crâne est à la fois complètement hors-sujet et ennuyeux au possible. Et comme dans la trilogie filmique des Anneaux, les monologues sous forme d'envolées lyriques censées élever le débat, sont tirés par les cheveux et plus ridicules qu'autre chose. Pour le coup, le talent célébré du trio Jackson/Boyens/Jackson pour l'écriture serait, avec le recul, à revoir à la baisse...
Des défauts, j'en vois encore des tas, souvent de très mauvais goût, notamment en matière d'humour :
- Une scène de poursuite voulue « énorme » entre des hommes, des brontosaures et des raptors. Elle est poussive et mal finalisée, avec ses gags mal venus et ses coups de mitraillettes assénés au hasard mais faisant toujours mouche.
- Une arrivée du Roi Kong sur l'écran plus que décevante (celle de la version de 1976, pourtant pas la référence en matière de remake, était carrément meilleure !).
- Une scène de lutte contre des insectes géants se voulant un hommage au film de 1933, car elle existait à l'époque mais fut perdue au montage ! Cette scène est la pire de toute. Glauque et malsaine (ce qui est plutôt intéressant au départ), elle tourne très vite au grand n'importe quoi avec le personnage joué par Jamie Bell qui tombe dans le burlesque en mitraillant à tout va sans toucher ses camarades !
- Une erreur de casting monumentale en la personne de Jack Black, relativement à l'aise pour cabotiner, mais sous-doué pour jouer la moindre scène dramatique. Il est le principal talon d'Achille du film, lui apportant un ton caricatural complètement à côté de la plaque !
- Et il y a bien d'autres choses encore !
Finalement, on se dit que les scènes intimistes entre le roi Kong et la belle Ann, sans dialogue, axés sur l'échange des regards et l'émotion qui en découle, sont au dessus de tout le reste. Elles parviennent de façon incroyable à nous convaincre d'une romance improbable entre le gorille géant et la jolie citadine désabusée (aussi naturellement que F.F. Coppola parvenait à nous emmener dans le tourbillon passionnel unissant Dracula et Mina dans sa relecture du célèbre Vampire !). C'est très bien en soi, mais c'est tout de même un peu décevant pour un métrage sensé devenir la référence en matière de film d'aventure fantastique aux nombreux morceaux de bravoure !
Pari à moitié réussi sur ce coup-là, Mr Jackson.
Après, beaucoup ne vont pas être d'accord avec mon point de vue, mais il est objectif et muri d'un long recul au regard d'une ½uvre que j'adore et d'un réalisateur que j'admire...
Cette version collector est, comme d'habitude avec les travaux du maître Jackson, une anthologie exhaustive et généreuse en bonus en tout genre. Quant à la version longue en elle-même, elle fait bien pâle figure en rapport de celle du « Seigneur de Anneaux », en nous gratifiant de morceaux d'action défoulatoires et de monstres en tout genre supplémentaires, certes bien funs, mais franchement pas indispensables...