Cet album est-il un bon album ? On ne sait pas. Cela dépend du temps qu’il fait, de la brume hivernale sur les arbres figés de froid, de celle qui est partie en laissant un simple mot griffonné sur le buffet de la cuisine, ou du vieux chien, qui ne peut plus aller que du sofa à sa niche.
Cet album est-il un album pour faire des sous ? Bien sûr, comme tous les disques dont on parle ici. Espérons simplement que l’usage des royalties par les ayant droits aura été judicieux. Cet album est-il indispensable ? Pas davantage que le souvenir d’un vieil ami, sa voix sur une bande magnétique qui pleure, ou une silhouette qui s’efface sur un cliché argentique sépia.
King Of Hearts, deuxième album posthume de Roy Orbison, est donc un merveilleux fourre-tout, alimenté de quelques chansons égarées (le duo de
« Crying », où Orbison rencontrait k.d. lang dans la bande originale du film
Hiding Out), ou simplement exploitées en singles, une poignée de démos, et autant de pistes chants judicieusement enrobées par Jeff Lynne, fan, producteur, et musicien.
Qui prend toutefois la précaution de faire appel à quelques amis compétents, tels le guitariste T. Bone Burnett, le saxophoniste Clarence Clemons – qu’on a coutume de voir aux côtés de Bruce Springsteen – le batteur de Toto Jeff Porcaro, Booker T. Jones et son orgue – magique depuis l’ère Otis redding – ou le chanteur Albert Hammond). Une fine équipe donc, et un constat : même bricolées sur l’évier de la cuisine, ces chansons font toujours autant mouche, et
The Big O y chante merveilleusement.
Tout ce beau monde offre comme une fête, par tables tournantes interposées, à Orbison, et on est bien content d’apprendre que
King Of Hearts atteindra la cent-soixante-dix-neuvième position des charts américains. Est-ce que cela fera revenir Roy Orbison ? Non. Alors, laissez-moi seul avec cet album, et fermez doucement la porte en partant.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story