« Knight with a Shining Armour » est un des romans d'amour les plus remarqués de ces vingt dernières années. L'histoire ne m'attirant guère je ne l'ai lu que dernièrement mais je n'ai pas été déçue.
En 600 pages environ, l'auteur dresse l'histoire d'amour entre une jeune femme de l'époque contemporaine et un chevalier de l'époque élisabéthaine. L'héroïne vit aux Etats-Unis et cherche un Mari. Je mets Mari avec un « M » majuscule, car plus que l'amour, elle cherche un statut concrétisant ce qui pour elle constitue une vie réussie (un Mari, avec quelques Enfants). Pour cela elle est prête à pas mal de sacrifices, y compris vivre avec un homme qui la considère plus comme sa bonne et son portefeuilles qu'autre chose, en espérant qu'il finisse par la demander en mariage. Lorsqu'il lui propose un voyage en Angleterre, elle se dit qu'il va enfin profiter de la situation pour faire sa demande. Mais elle va de déconvenue en déconvenue et finalement se retrouve abandonnée dans la campagne anglaise, son ex-futur mari l'ayant abandonné sans même lui laisser ses papiers et son argent. Elle pleure devant une statue et finalement... un chevalier dans une armure étincelante fait son apparition. C'est le début d'une histoire haletante entre la période contemporaine redécouverte avec les yeux neufs de Nicholas, le chevalier venu du passé, et l'époque élisabéthaine, où l'héroïne va jouer pour nous les observateurs des moeurs de l'époque.
L'histoire est invraisemblable mais les détails de la vie pratique sont très concrets (comment s'habiller, comment manger dans les différentes époques, etc.), ce qui fait qu'on finit par se prendre au jeu.
Les personnages principaux ne sont pas particulièrement attachants mais permettent de faire exister l'histoire. Je ne pouvais pas m'identifier à l'héroïne beaucoup trop geignarde et conservatrice à mon goût, mais seule une personnalité comme la sienne permettait à l'histoire d'exister (beaucoup d'autres femmes auraient simplement envoyé le chevalier dans un commissariat ou à l'hôpital). Le héros lui n'a au début guère de personnalité, il est juste la manifestation physique d'un héros de roman d'amour qui apparaîtrait par magie dans la réalité.
Les personnages secondaires sont très réussis, les « méchants » en particulier. L'ex-futur mari conjugue un mélange de mesquinerie et d'égoïsme que chacune a connu avec quelques comportements intolérables permettant à la lectrice de se dire que décidemment l'héroïne n'a rien à faire avec cet homme. La fille de l'ex-futur mari paraît n'être qu'une caricature d'ado égoïste et capricieuse, mais il ne faut pas oublier qu'après tout le père est avec une donzelle ayant moins de 10 ans d'écart avec elle, ce qui peut aussi expliquer certains comportements de rejet de sa part.
Outre ce démarrage efficace avec des « méchants » permettant à la lectrice de souhaiter de toutes ses forces que l'héroïne se jette dans les bras de Nicholas, l'histoire est aussi très agréable à suivre car originale avec ce mélange des époques et sur les questions que cela soulève (une modification à une époque entraîne-t-elle des conséquences des siècles plus tard ? si un héros disparaît d'une époque, se souvient-on de lui ?). Le voyage dans le temps n'est d'ailleurs pas qu'un assaisonnement de l'histoire d'amour, c'est un des ingrédients principaux de l'histoire, le chevalier étant revenu à l'époque contemporaine pour découvrir comment nettoyer son honneur et sa réputation... et sauver sa vie.
Et au final, ce roman ne s'achevant pas sur un classique et merveilleux « happily ever after » mais revenant (un peu) à la réalité, on finit le livre presque les larmes aux yeux. J'avais eu un peu peur au début que l'auteur se complaise dans une nostalgie des époques précédentes, avec l'idée que tous les hommes du XXI ème siècle sont irrécupérables, mais finalement le message final est beaucoup plus subtil.
Je ne mets que 4 étoiles car vraiment, pour moi, l'héroïne a quelques traits de caractère rédhibitoires m'empêchant de m'identifier à elle (son idée du bonheur, sa passivité, le fait qu'elle pleure pour un rien et abondamment...).