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LE TRIOMPHE DE LA PEUR, 23 avril 2007
Jouant de la peur, de l'ignorance et de la simplicité d'esprit de ses interlocuteurs, le Dr Knock finit par transformer tout un village en hôpital, se garantissant ainsi des rentrées sans fin. Même son confrère, qui lui a cédé le cabinet, finit par tomber dans le piège. Drôle ("ça vous chatouille ou ça vous gratouille ?", "Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore"), pessimiste, bien tourné, cette pièce de Jules Romains dresse un constat sévère des pratiques hypocrites du corps "hippocratique". L'appat du gain, la rapacité sournoise et le goût de l'argent sont les seules raisons d'être de l'exercice du Dr Knock. Heureusement, les choses ont changé....
Il faut aussi voir, pour le plaisir des yeux et des oreilles, la dimension que lui donne Louis Jouvet dans le film éponyme.
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Tout simplement visionnaire, 11 mai 2010
Jules Romains écrit cette pièce de théâtre au début des années 1920, c'est-à-dire à une époque où la société d'aujourd'hui commence à se dessiner, celle où la crainte de mourir de faim cède le pas à des peurs moins ancestrales. Il s'agit de créer d'autres peurs que l'apocalypse ou la famine et la médecine saura se tailler la part du lion dans ce faisceau de craintes (combien de laboratoires biomédicaux dans les plus grosses entreprises cotées en bourse?). Je mets en parallèle cette pièce prémonitoire avec des ouvrages ou des films plus récents comme
Bowling For Columbine de Michael Moore ou l'essai d'Ulrich Beck
La société du risque. L'auteur sait avec beaucoup d'humour nous livrer une réflexion philosophique sur un sujet de société, le marché de la peur, la commercialisation du risque. Vous reconnaîtrez nombre de situations que vous avez déjà connu (achat d'une extension de garantie, test complémentaire, assurance spéciale etc.). À l'heure actuelle, ne cherche-t-on pas à toujours créer de nouvelles peurs pour les mieux commercialiser (bug de l'an 2000, grippe aviaire, réchauffement climatique, H1N1, le fameux "principe de précaution"...)?
Knock est un sinistre charlatant, froid et calculateur, l'exact sosie de l'abbé Troubert de Balzac (voir
Le Curé de Tours), qui joue à fond sur les cordes sensibles de la cupidité et de la crainte sur la grande lyre humaine. Lui-même avait été escroqué par son confrère prédécesseur lors de l'estimation de la clientèle, qui n'a aucun scrupule à livrer la population aux mains d'un homme tel que Knock. Et quand bien même vous ne trouveriez aucun intérêt au propos, lisez-la seulement pour rire et vous ne serez pas déçu car c'est drôlement bien écrit et écrit bien drôlement. Je ne résiste d'ailleurs pas au plaisir de vous offrir deux des passages mythiques de cette pièce:
1°) Dans l'acte I, scène unique
"LE DOCTEUR: Comment? Ne m'avez-vous pas dit que vous veniez de passer votre thèse l'été dernier?
KNOCK: Oui, trente-deux pages in-octavo "Sur les prétendus états de santé", avec cette épitaphe, que j'ai attribuée à Claude Bernard: "Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent."
LE DOCTEUR: Nous sommes d'accord, mon cher confrère.
KNOCK: Sur le fond de ma théorie?
LE DOCTEUR: Non, sur le fait que vous êtes un débutant."
2°) Dans l'acte II, scène 1
"LE TAMBOUR: Attendez que je réfléchisse! (Il rit.) Voilà. Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. (Il montre le haut de son épigastre.) Ça me chatouille, ou plutôt, ça me grattouille.
KNOCK (d'un air de profonde concentration): Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille?
LE TAMBOUR: Ça me grattouille. (Il médite.) Mais ça me chatouille bien un peu aussi.
(...)
KNOCK: Ça vous fait mal quand j'enfonce mon doigt?
LE TAMBOUR: Oui, on dirait que ça me fait mal.
KNOCK: Ah! Ah! (Il médite d'un air sombre.) Est-ce que ça ne vous grattouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette?
LE TAMBOUR: Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, ça me grattouillerait plus."
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