Idées clés, par Business Digest
Pour y faire face nous devons à la fois faire preuve d'une réelle créativité, c'est-à-dire adopter la « pensée inversée », et nous mettre dans un processus d'apprentissage permanent en faisant tourner sans cesse la roue du savoir.
La structure des organisations va évoluer radicalement
Les entreprises vont devoir adopter des structures en trèfle et s'orienter vers un fonctionnement fédéraliste. Elles seront fondées sur l'Intelligence, l'Information et les Idées, des organisations «I3».
Notre conception de la vie est appelée à se transformer
De plus en plus notre vie prendra la forme d'un portefeuille d'activités variées. L'évolution de notre mode de vie entraînera celle du rôle et du fonctionnement de l'État, puis celle de notre société et de nos valeurs.
Business Digest
L'intérêt du livre est ailleurs : découvrir le projet de société libéral anglo-saxon, c'est-à-dire le genre d'avenir qui risque d'être le nôtre si nous n'y prenons pas garde. Il est caractérisé par la fragmentation sociale, à l'image de cette entreprise que l'auteur décrit comme un trèfle à trois feuilles : première feuille, qui concentre l'élite professionnelle (rappelant la "surclasse" que décrivait récemment Jacques Attali) ; seconde feuille, des indépendants externalisés, qui travaillent à moindre coût, éventuellement à Taïwan, à qui on sous-traite le travail fastidieux ; enfin troisième feuille, la masse des salariés temporaires, flexibles, qui constituent "le réservoir de main d'oeuvre dans lequel les employeurs puisent quand ils le veulent, de la manière la moins coûteuse possible" (sic). Beaucoup sont des femmes, naturellement, en télétravail dans leur joli petit cottage de banlieue, ce qui évite bien des ennuis. On grimace un peu en retrouvant la description de la société duale contre laquelle nous luttons, en Europe continentale, depuis 20 ans. Au passage, Handy renouvelle les recommandations libérales classiques, du genre moins d'impôt sur le revenu qui freine l'initiative mais plutôt de bons impôts sur la consommation ; pour les pauvres un revenu d'existence inconditionnel, dont nous avons démontré déjà qu'il risquait de renforcer l'exclusion; plus d'école publique mais un chèque éducation, etc...
Tous les faits sur lesquels s'appuie Handy sont exacts : diminution globale du volume du travail, concentration des entreprises sur un noyau dur, développement de la flexibilité, du temps partiel, du travail indépendant, etc. Mais à partir de cette réalité objective, différents modes d'adaptation sont possibles.
A la métaphore du trèfle nous pouvons opposer la métaphore de la valse à trois temps, consistant à proposer à chaque individu de participer à tour de rôle, à sa manière, à différents moments de sa vie, à chaque forme d'activité. Un temps dans le cercle productif, (tous mais moins longtemps, alterné avec la formation), un temps dans le cercle associatif, social, civique, etc, (chacun à son rythme), un temps pour les activités individuelles, créatives, ludiques ou autres (chacun à son idée). On peut essayer de faire en sorte que chacun puisse s'inventer son écosystème temporel, naviguer entre les cercles, plutôt que de segmenter la société en "soigneurs" et fonceurs", adaptés et inadaptés, comme des tribus qui s'ignorent et ne peuvent que s'agresser.
Il est tout à fait exact que la société va plutôt dans le sens que décrit Charles Handy. Mais au lieu de considérer que ce scénario est inéluctable, peut-être faut-il s'acharner à en inventer un autre, ne serait-ce que pour laisser aux gens le choix du film.
La clé du livre se trouve dans les dix premières lignes où l'auteur raconte qu'un américain en visite en Europe, s'étonnait qu'en réponse à ses questions il lui soit toujours répondu par un "parce que, faisant référence à l'histoire", alors que dans son pays on répond invariablement par un "de manière à". En effet, ce qui intéresse Hardy, c'est le pragmatisme, l'adaptation, le béhaviorisme. "Il se trouve que", "les choses étant ce qu'elles sont", on va suivre le mouvement, s'adapter, "de manière à " s'en sortir, surtout si l'on est fort, intelligent, bien élevé. S'interroger sur le "pourquoi" et chercher des "parce que", pour lui, c'est rétro, passéiste. En Europe continentale, c'est l'inverse, on considère que c'est la mécanique des "pourquoi" et des "parce que" qui fabrique le futur.
Nous pensons que ce qui tire en avant c'est le refus des fatalités, c'est la volonté de remettre "les choses" à leur place. Notre ambition est de changer le monde, et comme le disait l'un de nos futurologues, Don Quichotte, "chacun est fils de soi-même" : le futur est fils de notre désir. Pourquoi, parce que. Notre projet n'est pas de nous adapter aux trèfles, que nous destinons plutôt aux herbivores, mais de donner à chacun une chance de s'épanouir.
Charles Handy valorise beaucoup ce qu'il appelle la pensée inversée qui consiste à prendre le contre-pied d'un propos pour inventer. Suivant son conseil, nous pensons qu'il faut prendre le contre-pied de son scénario de déraison, pour inventer un nouveau mariage entre la raison et le désir. Un livre à lire absolument, pour inventer le contre poison. -- Guy Aznar --