Dernier film de la trilogie composée par l'Avventura et la Notte, il mérite bien des éloges.
Le film aborde lui aussi la difficulté de communication entre les hommes et les femmes, dans un monde de plus en plus déhumanisé et sur lequel pèsent bien des menaces, dont l'arme atomique à l'époque concernée.
Si le fond est commun aux deux films précédents, la forme marque une nouvelle évolution - pour ne pas parler de révolution - dans le discours cinématographique.
L'Avventura offrait une narration plus "classique", avec un petit côté road movie. La Notte se rapprochait de la tragédie classique, avec unité de temps, de lieu et d'action.
L'éclipse adopte un mode narratif en rupture plus marquée avec le langage cinématographique conventionnel. Il rejoint un symbolisme qui permet d'échapper au conformisme des « clichés » et des lieux communs, pour se rapprocher de la profondeur des sentiments, de l'indicible.
La séquence de la bourse, grouillante d'activité, évoque la fourmilière qu'Antonioni filmera dans les derniers plans. La séquence de promenade en avion relève du même principe.
Antonioni nous offre des scènes de pure poésie, d'une beauté rarement atteinte : scènes de nuit dans Rome notamment.
Les dernières 8 minutes du film sont un pari osé, surtout en 1961. Les personnages sont absents et la caméra s'attarde sur de menus détails, d'apparence insignifiante. Ce passage demeure une page d'anthologie du cinéma : la représentation du vide ou de l'absence a rarement été exprimée avec autant d'élégance et de sobriété. Le résultat est poignant, notamment dans cette dernière images du réverbère qui aveugle au lieu d'éclairer.
Ce film mérité d'être admiré. On y retrouve un romantisme à fleur de peau, certes désespéré mais tellement sincère.