Guy Sorman cherche à démontrer que l'économie est une science empirique, autrement dit qu'elle est constituée de certitudes à l'épreuve des faits ou de faits ayant fait leurs preuves. Il fait partie des libéraux décomplexés pour lesquels tout développement économique passe inévitablement par une politique monétaire anti-inflationniste (ce en quoi il n'a pas tout à fait tort, même si ce n'est pas une raison pour en faire un dogme), la libération des moyens de production, l'abaissement du coût du travail, la flexibilité de la main d'oeuvre, l'acceptation de la théorie de la destruction créatrice (un développement économique normal impliquant nécessairement la disparition des activités anciennes au profit des activités innovantes), le rôle de l'Etat devant se borner à favoriser l'innovation et à acompagner les mutations et les crises inévitables économiques. Rien de nouveau en somme: Guy Sorman décline le credo classique du libéralisme économique.
Pour étayer son propos, Guy Sorman ne cesse d'asséner que toute l'histoire économique moderne démontre que seules les recettes libérales ont permis le développement économique en les opposant systématiquement aux expériences d'économies planifiées de type soviètique, comme si entre ces 2 systèmes aucune nuance n'était possible. La social-démocratie scandinave, le capialisme rhénan, l'économie mixte ont pour lui ou échoué ou ne constituent au mieux que des avatars de la thérie économique libérale. En guise d'illustration, il passe en revue tous les pays émergents, et même si ses analyses socio-historiques ne manquent pas d'intérêt, c'est toujours pour souligner que c'est grâce au sacro-saint marché que le développement est possible ou parce qu'il n'a pas été assez vénéré que celui-ci est restreint.
Guy sorman n'ignore pas les laissés pour compte des politiques libérales, les sacrifices humains et en terme de liberté politique que cela implique, mais il s'en fout: selon lui, le résultat doit être apprécié globalement et pas de doute il est positif. Au moins, est-ce un libéral économique qui s'assume.
On ne trouve en outre aucune réflexion sur le rôle du secteur public dans le développement économique alors que tant de programmes de recherche et d'infrastructures auraient été impossibles sans lui. Alors même qu'il semble ne pas (plus?) croire à la rationalité des agents économiques, il n'accepte aucune régulation à moins qu'elle ne vienne des intéressés.
Il entasse des pierres les unes sur les autres et croit de ce fait avoir bâti un mur solide. C'est bien là à mon avis la défaillance intellectuelle de son oeuvre. Cela tourne très vite à l'exercice dogmatique très lassant et au-delà de cet aspect qui rend la lecture pénible, ce qui frappe c'est son incapacité à changer de paradigmes, de penser une croissance soutenable et humaniste. Ecrit peu de temps avant que la grande crise financière et économique mondiale n'éclate vraiment, Guy Sorman a-t-il cherché à sauver les meubles du libéralisme économique?