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Il aura fallu attendre près d'un siècle pour que Freud soit traduit, en France, de manière rigoureuse et systématique. Janine Altounian fait partie de l'équipe des Presses Universitaires de France qui, depuis maintenant plus de vingt ans, s'est attelée à la tâche monumentale de la publication des uvres complètes du père de la psychanalyse. C'est à sa grande expérience du texte freudien qu'elle donne la parole dans son ouvrage. Non pas pour faire le plaidoyer des critères de traduction de son équipe mais pour dire, autrement que dans la réserve discrète du traducteur, son amour de la langue freudienne. Les analyses et les mises au point proposées ne sont pas de simples exercices germanistiques : elles ont pour vocation de nous rappeler que nous ne lisons pas Freud dans son expression originelle, que s'interposent entre les subtilités de sa pensée et ce que nous en lisons le prisme de choix syntaxiques et lexicaux dont il est indispensable d'être conscients. Comme le dit le vieil adage italien, traduire, c'est toujours un peu trahir. Il faudrait additionner toutes les bonnes traductions possibles d'un texte pour obtenir la meilleure. C'est dans les interstices de ces versions possibles que Janine Altounian nous fait circuler et découvrir, au passage, un Freud méconnu.
Sur les choix de traduction des
uvres complètes, on se reportera au glossaire raisonné de l'équipe de traduction :
Traduire Freud. Sur l'écriture freudienne : G.A. Goldschmidt :
Quand Freud voit la mer. P.J. Mahony :
Freud, l'écrivain. F. Roustang :
Elle ne le lâche plus. Sur le travail de la traduction : A. Berman
L'épreuve de l'étranger. --
Emilio Balturi
Présentation de l'éditeur
Cet ouvrage est avant tout une étude de la langue de Freud et se démarque de ce que l'on appelle habituellement une "critique des traductions". Il ne cherche pas à affirmer la suprématie de tel ou tel modèle traductif. Il est une critique de la "naïveté" de certains lecteurs quant à l'enjeu du passage d'une langue à l'autre, d'une culture à une autre, d'un système de pensée à un autre, donc à ce qui disparait dans ce passage. "Traduction = Trahison ?"
En réalité l'auteur cherche essentiellement à mettre en lumière comment, dans l'écriture de Freud, la forme des énoncés de pensée visualise l'argument que développe la pensée en train de décrypter le sens inconscient d'un processus psychique. On pourrait dire, comme pour la poésie, que le style crée l'objet.
Ce recueil fournit de nombreux exemples où morphologie et syntaxe s'allient pour engendrer, dans la complexité du langage, l'empreinte de la complexité psychique. De nombreuses références au texte freudien sont reprises en texte original avec une ou deux versions de traduction.
Ce "manuel de langue freudienne à l'usage des simplificateurs" (pourrait-on dire ironiquement) offre ainsi une multiple lecture : consultation, discussion dans le cadre d'un apprentissage à la traduction, réflexion sur les questions abordées au carrefour de diverses disciplines (linguistique, poétique, traduction, psychanalyse, philosophie...)