Si vous aimez les aigus brillants, les basses profondes, la perfection technique des enregistrements de studio, n'achetez pas ce coffret : vous seriez immanquablement déçu... Mais :
- si vous êtes prêts à accepter de sacrifier une partie de votre confort d'écoute, ainsi que les aléas d'une exécution en public
- si vous voulez approfondir votre connaissance des solistes soviétiques
- si vous voulez (re)découvrir des musiciens méconnus : Vainberg (CD 90, injustement ignoré à l'ouest), Davidov (CD 100), Knipper (CD 90), Khrennikov (que l'on connaît... mais pour d'autres raisons ! CD 66), Mirzoyan (CD 89), Tischenko (CD 88), Salmanov (CD 81), Georgi Catoire (d'origine française ! CD 56), Denisov (CD 59)...
- si vous aimez les curiosités : la Sonate de Franck, transcrite pour piano et orchestre (CD 67 : Kogan), ou (encore plus fort !), transcrite pour violoncelle et orchestre (CD 95 : Shafran), ou bien, le Poème pour violon d'Ernest Chausson, accompagné... au piano (CD 78 : Kremer), en plus de deux autres versions avec orchestre, CD 62 : Kogan et CD 71 : Tretiakov. (Décidément, on appréciait davantage notre compatriote E. Chausson en Union Soviétique que chez nous !)...
alors, en dépit de certaines restrictions,ce coffret pourrait bien être fait pour vous.
Vous trouverez en outre tous les grands classiques du répertoire : la Sonate en Si mineur de Liszt ( quatre enregistrements : CD 3 (Richter), CD 24 (Berman), et deux par Émile Guilels sur le CD 13 : version de 1949 et version de 1965), le Concerto pour violon de Tchaïkovski (trois interprétations différentes : CD 43 Oïstrakh ; CD 61 Kogan ; CD 73 Tretiakov), etc...
Contrairement à ce qui est indiqué systématiquement sur les pochettes (Live recordings), quelques enregistrements semblent avoir été effectués en studio (particulièrement pour les plus anciens), et sont parfois techniquement meilleurs que des enregistrements plus récents, effectués en public.
Certains enregistrements sont particulièrement pénibles à écouter (en raison de l'âge et des conditions précaires de la prise de son) et dépassent de ce fait difficilement l'intérêt strictement documentaire (CD 14 : Schumann / Guilels, surtout les plages 6 à 10 ; CD 20 (Guilels : Rachmaninov / Tchaïkovski) ; CD 47, plages 5 à 7 (Concert « historique » de la création du concerto de Miaskovski, en 1939, avec Oïstrakh)... (Liste non exhaustive !)
Les enregistrement de Guilels / Beethoven (CD 6 à 11) souffrent en outre d'une mauvaise transcription numérique, probablement consécutive à une utilisation curieuse du logiciel de restauration sonore : à vouloir éliminer tous les bruits parasites, chaque note se trouve nimbée dans un « halo sonore » du plus détestable effet, plus au moins audible, et le moindre demi-soupir plonge l'auditeur dans l'infini silence du néant... (Effet artificiel garanti !) A quand une restauration sonore digne de ce nom et respectueuse de l'enregistrement original ? Car Guilels promet de bien nous secouer dans les montagnes russes !
La majorité des enregistrements est restituée dans une qualité sonore « moyenne » (bande passante plus ou moins réduite, public plus ou moins silencieux...), et est souvent en monophonie, même dans les années soixante / soixante-dix. Les enregistrements les plus récents (Evgeni Kissin, CD 29 à 37) sont en général mieux effectués.
Au gré des découvertes et de vos affinités, vous vous attarderez peut-être sur la Sonate en ré mineur de Rachmaninov (CD 99 : Shafran), le Trio élégiaque, du même compositeur (CD 66 : Kogan, Svetlanov, Luzanov), la Fantaisie en ré majeur de Schubert (CD 67 : Kogan, Alumian), le Concerto pour violon et orchestre n° 1 de Chostakovitch (CD 59 : Kogan), la superbe Sonate pour violon et piano n° 3 (Brahms) ainsi que le magnifique Trio de Schumann, tous deux sur le CD 49 (Richter, Knushevitzky, Oborin). Le Trio de Johann Nepomuk Hummel qui suit vous aidera à redescendre, doucement, sur terre...
En bonus, d'innombrables « bis », dont certains seront - sans nul doute - le Viagra du mélomane ! (L'irrésistible « Danse espagnole » de David Popper, CD 96)...