"L'Eternel Retour", Jean Delannoy, 1943, NB, copie très bien restaurée, nombreux et intéressants bonus.
On a tout dit de ce chef-d'oeuvre, de son couple mythique, de ses images, de sa poésie, et malgré les voitures, les armes à feu, et les extravagants chapeaux de tante Gertrude, de ce climat hors du temporel, hors du réel, hors de l'espace et des saisons... Est-on dans le Nord, dans le Sud, en Scandinavie ou en Provence, dans la plaine, la montagne, en Auvergne ou sur les lacs italiens, en été, en hiver?
Partout et ailleurs, entre un hier et un demain sans frontières, voilà où nous sommes, au milieu de toujours!
Mais, merveilleux contre banalité, poésie contre terre-à-terre, cet intemporel ne peut durer, jalousé, guetté, harcelé par l'aujourd'hui le plus banal.
Oui, contrairement aux apparences, aux apparences-mêmes de la légende, ce n'est pas le filtre d'amour qui est filtre de mort, bien qu'il soit caché sous le nom de "poison", c'est la jalousie, toutes les jalousies. Ce sont elles qui tuent! La jalousie de Morold, la jalousie d'Achille, la jalousie de Gertrude, la jalousie de Marc, la jalousie de Nathalie la Noire.
La jalousie de Morold pousse Nathalie la Blonde à suivre Patrice, la jalousie d'Achille leur fait boire le "poison" qui les unit, ou plutôt révèle leur amour, le met à la lumière, la jalousie de Gertrude suscite celle de Marc, et provoque la fuite mortelle des jeunes gens, comme la jalousie de Nathalie la Noire empêche Patrice de "retenir sa vie plus longtemps"...
Et si l'on a reproché au film d'être morbide, sinon mortifère, c'est au quotidien, à la normalité, à nous, monsieur et madame Tout-le-monde, avec nos sentiments étroits, nos peurs et nos petits calculs, qu'il faut reprocher d'être mortifères, fatals au merveilleux, à la noblesse... aux sentiments surhumains.
Heureusement qu'il y a la poésie pour nous rappeler ce que nous ne sommes pas!