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Étranger sur la terre, étranger à lui-même, Meursault le bien nommé pose les questions qui deviendront un leitmotiv dans l'oeuvre de Camus. De La Peste à La Chute, mais aussi dans ses pièces et dans ses essais, celui qui allait devenir Prix Nobel de littérature en 1957 ne cessera de s'interroger sur le sens de l'existence. Sa mort violente en 1960 contribua quelque peu à rendre mythique ce maître à penser de toute une génération. --Karla Manuele
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Commentaires client les plus utiles
23 internautes sur 27 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
il faut admettre l'absurdité de l'existence pour mieux la vaincre,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'étranger (Poche)
Comme son titre l'indique, ce livre est l'histoire d'un homme étranger au monde. Si étranger, en fait, qu'il en est pour ainsi dire absent. Certes, il accomplit tous les gestes de la vie quotidienne, mais sans jamais se préoccuper de leur donner une véritable signification. Homme sans qualités, sans caractère, sans profondeur, Meursault est le prototype de l'Homo Absurdus. Il mène tel un robot une existence dénuée d'enjeu et de finalité, une existence purement organique, réduite à ses fonctions primaires: manger, dormir, copuler. Jusqu'au jour où, sans vraiment savoir pourquoi, il tue un homme. Commence alors son procès, qui le confronte à sa propre vacuité et le somme de s'en expliquer.
Ce qui fait la force de ce roman, c'est bien sûr qu'il traite d'une des questions essentielles de la philosophie: la vie a-t-elle un sens? Mais le plus intéressant, c'est peut-être la manière dont il la traite. En effet, non seulement Camus traduit admirablement l'absence au monde de son narrateur en usant d'une langue blanche et neutre qui tue dans l'oeuf toute émotion, et ce dès la première page du livre où Meursault rapporte la mort de sa mère avec toute la froideur d'un procès-verbal. Mais de surcroît son récit a la forme d'un diptyque dont les deux volets se répondent comme deux miroirs parfaitement symétriques. La seconde partie de "L'étranger" reprend en effet un par un les événements relatés dans la première et les relit à la lumière de la morale commune qui prend ici l'aspect comminatoire d'une cour d'assises. Par moments, ce livre m'évoque un peu "Erostrate" de Sartre. J'y entends aussi des échos du "Procès" de Kafka. Il m'arrive même, parfois, d'apercevoir derrière la silhouette de Meursault celle, furtive, du Lafcadio de Gide. Mais l'oeuvre de Camus possède sa propre cohérence et, contrairement à ce que d'aucuns prétendent, n'est en rien nihiliste. C'est en fait un constat doublé d'une mise en garde. La vie, en soi, n'a pas de sens, nous dit Camus, c'est donc à nous qu'il revient de lui en donner un, faute de quoi, nous aussi, nous deviendrons des Meursault, des étrangers au monde. Message finalement très humaniste qui fait à la fois la grandeur de ce livre et celle de son auteur. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Finalement pas si mal,
Par Johan Rivalland (LEVALLOIS-PERRET France) - Voir tous mes commentaires (TOP 50 COMMENTATEURS) (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'étranger (Poche)
Je gardais le souvenir d'une histoire un peu plate, d'un roman ennuyeux, dont il me semblait me souvenir qu'il était question à la fois d'un acte inconséquent sans motivation précise ou vaguement raciste.
Je viens de le relire. Et bien m'en a pris. Finalement, aucune trace de racisme. Je ne sais pas d'où me venait cette idée, mais j'ai l'impression qu'elle provenait d'une source d'ordre scolaire (au mieux, j'espère avoir mélangé avec autre chose). Par contre, il est bien question d'un personnage central un peu léger, un homme simple légèrement taciturne et qui semble ressentir peu d'émotions. C'est cet homme médiocre souvent indécis et qui a trop tendance à se laisser guider par les événements de la vie qui va commettre l'irréparable, et avec une légèreté assez confondante et incompréhensible. S'en suit une intéressante et inquiétante réflexion sur la relativité de la Justice. Comment le paraître, l'humeur des uns et des autres, des juges, procureurs, avocats, jurés, témoins, sont susceptibles d'influer sur l'issue d'un jugement... Une autre manière d'aborder la question de la Justice, avec moins de force que Stefan Zweig dans Le Chandelier enterré, mais de manière plus contemporaine, moins mystique et tout à fait intéressante. Un roman bien écrit, qui se lit finalement sans ennui et très vite. Oui, pas si mal. De là à en faire un grand classique, je ne sais pas. Mais un roman qui se laisse lire agréablement, sans trop de peine. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
6 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
L'écriture blanche, le petit chef d'oeuvre,
Par
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Etranger (Poche)
Presque tout le monde connaît cette histoire à l'incipit incisif : "Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas".
A noter, bien sûr, l'excellent dossier de ce petit roman. Je ne reviendrai pas sur l'histoire, mais sur le style de l'écriture qui fait de ce livre un livre unique, un style bref, déroutant, transparent aussi et qui nous plonge dans la perplexité tout au long du roman. Un style qui a voulu être imité depuis des décennies, mais qu'aucun auteur n'a réussi à reproduire, pas plus que toute l'émotion éprouvée à la lecture de ces lignes, jetées par un personnage "hors du commun", étranger au monde, qui semble insensible, parfois agaçant dans son mutisme et sa résignation, voire sa bêtise, mais qui résume peut-être l'homme dans ce qu'il a de plus étrange, en effet, et de plus inaccessible à l'autre, aux autres, à tout ce qui l'entoure. Certes, "l'étranger" est un incompris de la société, un asocial, voire un fou, un criminel qui ne bénéficie d'aucune circonstance atténuante. Absurde, dit-on. Mais cette absurdité n'est-elle pas le lot de la plupart d'entre nous, qui nous cognons aux murs d'une existence blessante, dure et impalpable à la fois, où rien n'est gagné, où tout peut basculer d'une seconde à l'autre ? C'est donc le problème de la fragilité de l'homme et de ses faiblesses, qui sont évoquées à travers ce roman, où l'amour et le rêve sont brisés, alors qu'ils pouvaient être accessibles. L'écriture de Camus, "blanche", sans fioriture, dans ses profondeurs psychologiques, a fait des émules, mais n'a jamais pu être comparée à aucune autre. Il ne suffit pas d'écrire "simplement", mais pour rendre compte de l'absurdité de l'existence et de ses aléas, pour rendre compte d'un cerveau d'un homme qui ne semble guère éprouver des émotions intenses, ou, plus exactement, qui ne réagit pas ni ne pense pas tout à fait "comme les autres", il fallait, en l'occurrence, une écriture dépouillée, comme écrite d'un premier jet, sans préméditation. Un chef d'oeuvre, que l'on relit à n'importe quel âge de la vie, avec autant de plaisir et d'inquiétude que les fois précédentes, et qui pose toujours l'éternel problème : qui sommes-nous, et comment les autres nous voient-ils ? Et que pouvons-nous faire contre ce qui nous semble absurde, injuste, immérité et qui est l'envers de nous-mêmes, à savoir tout ce qui n'est pas notre propre univers, mais celui des autres, où nous n'avons pas notre place parce que les autres veulent prendre la nôtre, sans qu'ils sachent vraiment pourquoi ils agissent ainsi. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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