Plutôt amatrice de littérature "classique" (qu'est-ce que ça veut dire classique?), je n'avais jamais franchi le pas de la lecture d'un polar. Mes amis m'avaient particulièrement recommandé cet opus d'Ellroy, j'avais vu le film que j'avais vraiment bien aimé, j'avais lu quelques fragments de la biographie de l'auteur qui m'avaient accrochés. Je me suis donc laissée tenter par ce roman policier noir et y ai découvert un style littéraire à part. A priori, cela ne fait pas très écrit, cela ressemble davantage à un scénario de film qu'à une œuvre littéraire. Le parti pris par l'auteur d'utiliser les termes techniques en vigueur dans la police de Los Angeles à cette époque est parfois un peu ennuyeux, mais donne une certaine authenticité. L'histoire est un peu comme un château de cartes dont la base est très très large. Au début, il faut un peu s'accrocher avec les dizaines de noms à consonance anglo-saxonne qui finissent par tous se ressembler, mais (vous noterez que pour l'instant je suis restée dans le négatif) l'histoire prend peu à peu une ampleur grandiose, l'intrigue est réellement captivante, on essuie les mêmes frustrations que les enquêteurs dans les fausses pistes ou les bons tuyaux qui ne se rejoignent pas. Au fur et à mesure que l'on s'élève dans les étages du château de cartes, la vitesse semble s'accélérer et l'on oublie le style loin de la littérature ordinaire. Ce fut, et j'insiste sur ce point, un réel bonheur. Je pense qu'il est vain d'essayer de parler de l'intrigue, sachez seulement que le livre est une telle cathédrale que le film a forcément fait des coupes franches aussi bien dans le scénario que les personnages (j'ai revisionné le film par la suite qui m'a paru simplet alors que je l'avais trouvé bien bâti et complexe la première fois). On notera peut être simplement le schéma de base, trois enquêteurs talentueux à leur façon, initialement Vincennes réputé, White dans la moyenne et Exley débutant dont les destinées de carrière vont toutes se croiser, la descente aux enfers de Vincennes, l'ascension lente de White et la fulgurance d'Exley. En tout cas, un polar qui m'a donné envie d'en lire d'autres.