Futuribles
L'auteur rappelle tout d'abord que le libéralisme n'est pas une doctrine strictement économique, mais une philosophie de lutte contre la tyrannie et les privilèges; que ce concept n'est pas anglo-saxon mais né en France. L'économie de marché "décrit seulement - plus qu'elle ne règle - le fonctionnement matériel de nos sociétés" mais n'a nullement vocation à ignorer les valeurs ni à constituer la dimension unique de nos vies.
De Turgot à Tocqueville les premiers libéraux ont plaidé pour la démocratie politique autant que pour la démocratie économique, aspects inséparables d'une même démarche politique qui place l'individu avant le système. L'économie de concurrence, en donnant le pouvoir au client-citoyen, lui permet d'inclure dans ses critères de choix un engagement personnel en faveur de l'environnement, de la qualité de vie, du tiers-monde, ou de toute autre cause et de piloter ainsi le système par l'aval : quoi de plus démocratique ?
Encouragée par les politiques et les intellectuels, une bonne partie de la France répudie l'idée de concurrence et, à force de diaboliser le modèle américain, finit par oublier qu'elle "en a déjà acquis tous les défauts sans en avoir les qualités".
Le pays se plie au jeu économique libéral en participant à la construction européenne et à l'Organisation Mondiale du Commerce, mais en conteste l'idéologie. Cette contradiction entraîne l'État dans un comportement schizophrène, qui voit un gouvernement de gauche se lancer dans une série de mesures contradictoires qui ne lui permettront pas de venir à bout du déficit, de la dette, du chômage, ni de la pauvreté (17% de pauvres soit 3 points de plus que les États-Unis, ce pays réputé sans pitié). Le seul indicateur rassurant étant le commerce extérieur...tiré par la croissance américaine.
Aux contempteurs de la mondialisation, Philippe Manière rétorque que depuis vingt ans, le PIB des 29 pays de l'OCDE a augmenté de 43%, et que les économies émergentes nous ont acheté plus qu'elles nous ont vendu, parce qu'elles avaient besoin d'équipements pour leur décollage. Bref, que tout le monde gagne à la globalisation, qui a, en réalité, "le cur à gauche".
Si les pays riches continuent globalement à s'enrichir, si le plein emploi est atteint aux États-Unis et fait même place à une pénurie de spécialistes qu'on retrouve dans divers pays, alors le chômage et la pauvreté qui règnent chez nous doivent bien avoir une cause nationale. C'est évidemment ce que pense l'auteur, qui s'efforce d'en convaincre les Français en général et le pouvoir en particulier. -- Pierre Bonnaure --