Au Salvador, depuis une vingtaine d'années, se déroule une expérience étonnante. Des hommes et des femmes, rassemblés en tribus, parasitent la société (racket, trafic de drogue), faisant régner entre eux un ordre basé sur la loi du plus fort. L'anarchie au coeur de la cité. Deux de ces tribus essentiellement, se livrent une guerre sans merci pour le partage du territoire : les
MS 13 et la
Mara 18. C'est au coeur de cette dernière que le journaliste franco-espagnol Christian Poveda est parti vivre 16 mois, afin de filmer ces images.
En tant que documentaire, je n'aurais personnellement donné que 3 étoiles à
La Vida loca, à cause surtout de son manque de clarté. Le montage énergique, les gens qui parlent très vite, l'absence de commentaire en voix off, tout cela fait qu'il faut du temps pour entrer dans l'histoire et commencer à comprendre quelque chose.
Imaginez un monument aux morts contenant des os humains, ou bien un tableau de guerre peint avec du sang. Ici, les personnages du film meurent vraiment. Bang bang. Deux détonations annoncent la fin de l'existence du type qui, au plan d'avant, souriait tranquillement au milieu de ses amis. Le documentaire vire alors à l'oeuvre expérimentale, et il se révèle d'autant plus touchant que ce ne sont jamais les plus méchants qui y passent, on s'en doute, mais plutôt ceux qui auraient souhaité retrouver une vie normale, ceux que cette existence barbare désespère. Le point d'orgue de l'horreur est atteint avec la mort du réalisateur lui-même. Bang bang. Trois semaines avant la sortie en France de son film, on retrouve le corps de Christian Poveda avec deux balles dans la tête.
Si ce DVD mérite ses 5 étoiles, selon moi, c'est pour la qualité de ses bonus. Livret épais de photos, interview du réalisateur, émissions de télé consacrées à sa disparition, reportages sur les gangs : toutes les recherches que l'on a envie de faire après la vision de
La Vida loca, l'éditeur les a menées pour nous. Une fois l'expérience terminée, ceux que cette plongée glaçante dans la brutalité aura fascinés pourront toujours visionner
Sin nombre, un film se déroulant au sein du gang rival, avec un scénario et de vrais acteurs, sorti à la même époque.