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3.0 étoiles sur 5
Paris est un ring !, 5 janvier 2009
Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Air de Paris (DVD)
Réalisateur de films cultes, Maurice Carné laissera une trace indélébile dans le paysage cinématographique français. Parmi un palmarès de rencontres édifiantes, il faut remonter à 1938 pour que le cinéaste offre à Jean Gabin l'un de ses plus beaux rôles, à savoir celui de Jean dans « le Quai des Brumes ». Un duo étincelant qui livre encore, avec l'Air de Paris, l'étendue de son osmose. Et puis, quinze ans après « Le Jour se Lève », retrouver Gabin face à la cinglante Arletty ne peut que ravir.
Alors qu'André, jeune homme que la vie a, en dépit de son jeune âge, déjà bien amoché, vit dans la pauvreté et la solitude, il fait la rencontre de Victor, un ancien boxeur reconverti dans le « management » de jeunes talents. Ému par la noirceur de l'âme du jeune homme, Victor lui propose de se rendre dans sa salle d'entraînement, histoire de voir s'il pourra monter sur un ring et évacuer toutes ses frustrations. Bien vite, une amitié solide lie les deux hommes, que voit d'un mauvais ½il Blanche, la femme de Victor. Tout juste rentrée de Nice, celle-ci nourrit l'espoir qu'elle et son mari quitteront définitivement Paris pour le soleil du Sud. Mais l'arrivée d'André compromet ses plans, car Victor se persuade du talent de boxeur très prometteur du jeune homme. Lors de sa première confrontation sérieuse, André, qui ne croyait plus en rien, rencontre à la fois la victoire et l'amour' C'en est trop pour lui, et Victor l'incite à choisir : sa carrière ou l'amour ?
Tandis qu'on l'attend évidemment dans le rôle de la brute au c½ur tendre, Jean Gabin époustoufle une fois encore quant à son aisance et son charisme. Face à lui, une Arletty toute en perfidie et en douceur' Le jeune duo, composé de Roland Lesaffre, acteur fétiche de Carné, qu'on aura pu déjà apprécier dans « Les Enfants du Paradis », et Marie Daëms, qu'en dépit d'un premier rôle prometteur, on ne retrouvera qu'en de rares occasions sur les écrans, peine à rivaliser' Bluette sentimentale dans Paris où il est encore prouvé que tout est possible, l'Air de Paris (paradoxalement ?) rafraîchit et l'on en vient à regretter un montage parfois un peu sec.
L'édition DVD, quoique pauvre sur le plan des bonus, offre une image remasterisée. Idem sur le plan sonore.
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5.0 étoiles sur 5
Carné (et Gabin) amoureux...de Roland Lesaffre !, 28 janvier 2011
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"L'air de Paris", Marcel Carné, 1954, NB.
Ancien boxeur, Victor (Jean Gabin) veut faire d'une pierre deux coups : sortir un jeune homme (Roland Lesaffre) de sa mouise et en faire un champion, à condition qu'une certaine jeune femme (Marie Daëms), et sa propre épouse (Arletty) ne lui mettent pas trop de bâtons dans les roues...
Si Carné n'était pas amoureux de Lesaffre au moment du tournage - comme Visconti de Delon pendant "Rocco et ses frères"-, je n'y connais rien ; une caméra qui caresse, qui dorlotte, qui flatte à chaque instant, et à ce point, un corps, un visage, un regard, est une caméra amoureuse. Cette attention du réalisateur pour son jeune héros donnait d'ailleurs la grosse tête à Roland Lesaffre, et les boules à Gabin qui n'avait pas l'habitude d'être filmé de dos au profit d'un nouveau venu.
Arletty, a dit avec son franc-parler habituel, des années plus-tard, en faisant allusion à la passion du vieux boxeur pour son poulain, (je cite de mémoire) : "Gabin aurait dû lui rouler une pelle à Roland, et tout aurait été dit." Ouais, sauf qu'en 1954, ces choses-là ne se disaient pas, et que cela aurait tué dans l'oeuf un joli film dont le principal intérêt est dans cette passion inavouée (inavouée à lui-même) d'un homme mûr pour un jeune homme dans lequel il se reconnait et s'idéalise tout à la fois.
Un film qui a du charme, et c'est pour ce charme que je lui donne cinq étoiles malgré des imperfections et un sûr manque de rythme : la scène du restaurant aux Halles, et celle du combat de boxe, avec un Jean Parédès déchaîné et hilarant, sont excellentes, le petit peuple de Paris est peint avec autant de tendresse et de soin que les snobs sont égratignés, mais égratignés seulement, car le film a un fond de gentillesse assez surprenant de la part de Marcel Carné. Sans doute n'était-il pas alors aussi aigri qu'il le sera dans ses "Mémoires" (miracle de l'amour ?). Roland Lesaffre est tout à fait charmant (il a reçu un prix pour son interprétation), Marie Daëms joue bien les fausses grandes dames, mais c'est évidemment Arletty et Gabin qui "enlèvent le morceau". Elle, désabusée d'abord, lasse de son vieux ménage qui ronronne dans la mauvaise odeur d'une salle de sport, puis inquiète, jalouse, torturée, enfin tout fiel dehors, mauvaise à faire peur. On l'a trop peu vue dans des rôles aussi étoffés. Lui, enfin, plein d'un rêve à portée de la main et de passion mal contenue, fort et faible, audacieux et timide devant la petite gueule qui le chamboule.
Quand je pense qu'il y a encore des critiques pour dire que Gabin a toujours joué le même rôle et de la même façon; ont-ils vu ses films seulement ?
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4.0 étoiles sur 5
Gabin-Carné... dernier round ...!, 6 novembre 2010
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Pour Marcel Carné, "L'air de Paris" renoue en 1954 avec la poésie populaire d'"Hotel du Nord" et de "Quai des brumes". C'est aussi l'occasion pour le cinéaste d'offrir l'un de ses derniers grands rôles à Arletty.
Carné est à l'époque un passionné de boxe et l'arrière plan social de son nouveau projet motive son intérêt. Au delà de l'atmosphère si particulière du milieu, il évoque l'existence courageuse des jeunes amateurs qui, après leur dure journée de travail, se précipitent dans une salle d'entraînement pour combattre de tout leur coeur dans le seul espoir de devenir professionnels !
SYNOPSIS : Ancien boxeur, Victor Le Garrec rêve d'entraîner "le poulain" qui pourra réaliser les performances qu'il n'a pas pu accomplir. Il concentre alors tous ses efforts en la personne d'André Ménard afin d'en faire un champion. Mais celui-ci tombe amoureux de Corinne et délaisse soudain la salle d'entrainement...
Coté casting, c'est Marie Daëms qui tient le rôle de la "fausse" bourgeoise qui vient s'encanailler dans la brasserie du quartier des Halles où elle fait la rencontre d'un jeune boxeur en herbe, André joué par Roland Lesaffre, ancien champion de boxe... ce qui le rendra crédible pour les scènes de combat. La grande Arletty incarne le personnage de Blanche Le Garrec et reforme avec Gabin le couple qu'ils avaient immortalisé quinze ans plus tôt dans "Le jour se lève"... Outre l'interprétation magistrale de ces deux monstres sacrés, les séquences qui leur sont dévolues valent par leur finesse d'analyse annonçant déjà tout un courant psychologique qui s'empare du cinéma français, illustré plus tard par Claude Sautet...
"L'air de Paris" est resté dans l'histoire du cinéma comme le film ayant entraîné la rupture professionnelle entre Jean Gabin et Marcel Carné. Une rupture due, selon certains, à la mauvaise humeur de Gabin face au choix de Jacques Viot et de Marcel Carné d'avoir modifié le scénario de départ pour developper considérablement le rôle du jeune boxeur. Celui de Gabin étant de fait, relégué au second plan. Cette prépondérance prise sur le plateau par le débutant Roland Lesaffre agace le vieux lion qui décide malgré tout de respecter sa parole. Il sera donc à l'écran, l'entraineur de Roland, son ancien compagnon d'armes (ils se sont croisés à Alger pendant la guerre) et qui vient, grâce à Gabin, de jouer dans deux films de Carné.
Mais à voir le film aujourd'hui, on est pas loin de penser, comme Gabin, que les scènes centrées uniquement sur les amourettes du jeune André et de Corinne manquent un peu d'envergure lorsqu'on les compare à celles qui opposent l'entraineur à son jeune poulain, et plus encore, aux séquences où Gabin affronte Arletty. Des tiraillement se produiront donc tout au long du tournage. D'une part entre Carné et Gabin, ce dernier reprochant au réalisateur, non sans raison, de continuer à privilégier par sa mise en scène le personnage de Lesaffre. Les relations entre l'acteur et le jeune homme s'en trouvent du même coup refroidies. D'autant que Lesaffre ne joue pas exactement la carte de l'humilité... depuis sa prestation dans "Thérèse Raquin" et sa brève collaboration avec Hitchcock pour "La main au collet", la tête du comédien a quelque peu "enflé" et il rechigne souvent aux indications de son metteur en scène.
Quoi qu'il en soit, après avoir collaboré pour quatres films (dont les mythiques "Quai des brumes" et "Le jour se lève"), Gabin et Carné ne retravailleront plus jamais ensemble.
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