Non : Alarcen + Arini + Cohen !
« L'alternative, c'est pas malin », ainsi s'ouvre l'album d'un groupe qui a trouvé ses marques. Un groupe qui va par avance s'approprier le son d'un « Animals » (1977) et d'un "Pouvoirs" (1979). Et non seulement le son, mais le contenu !
Les 19 minutes 16 de « Paris-Lumière » sont parues en 1975. Elles ne peuvent donc prétendre s'approprier un héritage par avance. C'est au contraire, par rétroactivité que Pink Floyd et Lavilliers se doivent, par honnêteté, de reconnaître quelle influence majeure a été pour eux ce morceau d'anthologie ! Mais Nanard n'est pas qu'un « voleur de feu », c'est un adepte de la plagiaspiration. Ses textes, issus des images du meilleur Ferré, se mêlent aux sillons du meilleur cru de François Béranger.
Quant au meilleur album du Floyd, tout en évocations syncopées, suggérées, fuyant le délayage du futur "The Wall", écoutez "Dogs", écoutez "Pigs", écoutez "Sheep"... Vous retrouverez, par anticipation, la lettre et l'esprit dans "Paris-Lumière", désespéré comme chez un Roger Waters du meilleur cru !
« Autrefois, y'avait des gens »
« Qui ont dit « Faisons des villes »
« Pour enterrer nos frayeurs »
« Ce s'ra plus simple à plusieurs, »
« Ce s'ra plus simple à beaucoup »
« Derrière nos murs de pierres, »
« L'oeil collé aux meurtrières »
« De chasser les hordes de loups, »
« De chasser tout c'qui est pas nous : »
« Truands, saltimbanques, filous, »
« Etrangers, pestiférés, »
« Juifs errants et faux prophètes ! »
Vous le constatez bien, le repli sur soi vole en éclats dans les textes de François Béranger. Poète engagé, il a toujours su s'entourer de musiciens talentueux, à l'image d'un Ferré appelant Zoo à la rescousse pour suppléer la défection d'Hendrix (pour notre plus grand bonheur !).
« Dites-moi où est le Pouvoir ? », reprendra donc Lavilliers dans une longue plage aux multiples entrées. Plus tard, François Béranger lui enverra une réponse cinglante que nous prenons chaque jour en pleine face :
L'Etat, après tout, c'est virtuel,
Ca n'a pas d'éxistence réelle.
Mais ça commande à la Justice,
Ca fait la loi et la police,
Ca joue avec le nucléaire.
Ca décide si on fait la guerre
Avec l'argent des citoyens,
Avouez que c'est quand même pas rien.
Faut croire qu'on a l'esprit patraque
Pour supporter de telles arnaques.
Masochistes on aime bien marcher
On s'demande qui les a mis là ...
Pardi c'est VOUS, c'est NOUS, c'est MOI !
Patrie, Nation, tout le grand jeu,
J'aurais aimé y croire un peu.
Désespéré, je m'asphyxie
(L'Etat, 1997)
Découvrez cet album, profitons du temps qui nous reste pour ouvrir les yeux sur le monde que nous allons laisser, et s'il en est encore temps, imprégnons-nous des textes d'un homme si vite disparu, mais qui nous laisse une œuvre qui ne tardera pas à en inspirer d'autres, foi de Klag !
Tous en chœur :
« L'alternative c' est pas malin »
« C'est dire oui à un désir »
« Ou d'un seul coup se voir vieillir »
« C'est piétiner sa propre image »
« C'est la nuit noire ou le matin »
« Le chant du vent ou le fracas »
« Des rues des villes abruties »
« Et nous là-dedans qu'est-ce qu'on y fait ? »
« On est comme des girouettes rouillées »
« On n'sait plus comment s'orienter »