Dans "L'Amour est mort, deuxième album d'Oxmo Puccino prolongeant le cultissime "Opéra Puccino",on sent que celui-ci a probablement mis toute sa vie, comme si la musique était définitivement ce qui comptait le plus pour lui comme en témoigne l'emblématique diamant brut qu'est "J'ai mal au Mic". Sombre et mélancolique bien que traversé de sporadiques éclaircies, l'ensemble joue sur les contrastes des ambiances : les instrus sont sereins, le flow percutant et les lyrics d'une finesse rarement atteinte du côté du rap français. Portée par des samples malins qui font se télescoper violons et beats roboratifs, la profondeur des textes envoûte. "Quelle ambiance chaleureuse dans les taudis", nous souffle-t-il histoire de dire que, le ghetto, c'est dur, mais qu'en relativisant, il permet également d'apprendre à apprécier les autres moments de la vie. Quant à l'argent, le lait comme il l'appelle en référence aux rappeurs américains qui parlent de "cream", même s'il a un jour rêvé qu'il pouvait en pleuvoir sur lui, il sait combien "il est laid", signifiant par là que chaque chose a un prix. Jamais désabusé ni cynique, cet album visuel (voir l'évocation de la mort sur "À ton enterrement") sait rester humain. Deux années ont été nécessaires pour peaufiner cet ouvrage dont les invités sont à la hauteur. La voix sensuelle de Keity Slake illumine "Fais-le pour moi", S-Kit propulse sur orbite "Antidiplomate", KDD balance la sauce, Dany Dan, Intouchable, Les Hommes de main ne sont pas là pour faire de la figuration et Ke-C et DJ Mars habillent sur mesure. Du très grand art.