Commençons d'abord par ce qui n'a pas été le plus important à mes yeux, mais qu'il faut relever: à 80 ans, en tournant L'Anglaise et le Duc, Eric Rohmer faisait ce qui n'avait pas encore été tenté, en utilisant comme décors pour les scènes d'extérieur de magnifiques tableaux dans lesquels les acteurs sont incrustés, procurant ainsi au spectateur une impression stupéfiante: ça, c'est vraiment la magie du cinéma.
Maintenant, il faut dire que ce film mériterait ses 5 étoiles même sans cette prouesse technique. Le jeu des acteurs est parfait, les costumes splendides, les décors intérieurs aussi réussis que les tableaux des scènes d'extérieur. Jamais la reconstitution du Paris de la Révolution française n'a été aussi réussie. Mais ce film réussit le tour de force de ne pas être qu'un beau livre d'Histoire: c'est en quelque sorte la synthèse des Rois maudits de Claude Barma et d'un bon polar, car il y a un véritable suspense, et l'on suit avec le plus vif intérêt les aventures de Grace Elliott, confrontée à un régime de plus en plus totalitaire, femme décidée (et ô combien jolie!), mais sans pouvoir, faisant face à une police de plus en plus omniprésente, et à un pouvoir qui resserre de plus en plus son filet sur tous les aspects de la vie de ses sujets. C'est un des rares films que je ne me lasse pas de regarder.
Le DVD contient des suppléments très intéressants sur les réflexions qui ont guidé Rohmer et sur les techniques d'avant-garde utilisées lors du tournage - supplément qui constitue aussi un hommage au talent du peintre, du décorateur et du costumier.