Présentation de l'éditeur
En 1991, le cyclisme a fait son plein de certitudes. Il reste très attractif pour le public, peut-être parce qu'il réconcilie l'Histoire et le roman, et mêle les forces de la réalité à celles de la fiction. Il jette dans la tranchée de Wallers-Aremberg et la fournaise de L'Alpe d'Huez des champions qui se dévoilent dans toute leur vérité, avides héritiers d'Eddy Merckx et de Bernard Hinault, emportés jusqu'à la démesure sur le chemin de la gloire, de la déchéance ou de l'autodestruction. L'Année du cyclisme recompose cette fresque par l'image et le texte, de San Remo à Stuttgart, de Madrid à Paris. Elle éclaire la venue de nouveaux conquérants : le Danois Rolf Soerensen et le Soviétique Djamolidine Abdoujaparov, héros tragiques et magnifiques d'un monde en voie de mutation. Elle réfléchit le spectre de Fausto Coppi réincarné par Franco Chioccioli, touché par la grâce dans le Tour d'Italie. Elle souligne encore le caractère intraitable de Moreno Argentin, auteur d'un exploit mémorable sur les reliefs des Ardennes et réaffirme la fantaisie de Claudio Chiappucci, qui ravive par son côté baroque le souffle épique des épopées d'antan, tandis qu'en sourdine battent les ultimes soubresauts d'une génération déchue, celle de Claude Criquiélion, de Stephen Roche et de Sean Kelly. En 1991, le pouvoir a changé de mains : un renouvellement s'est opéré, qui obscurcit le ciel de Laurent Fignon dont le divorce avec Cyrille Guimard a consumé l'un des grands mythes du cyclisme français jadis florissant, mais désormais réduit à la portion congrue, en dépit du sursaut de Marc Madiot sur les pavés du Nord. La saison qui s'achève a confirmé par ailleurs l'immense valeur de l'Italien Gianni Bugno, nouvel homme phare des pelotons, et de Miguel Indurain, facile vainqueur du Tour de France. Un Tour qui nous projette déjà vers le futur. Car l'Espagnol, en cours d'épanouissement, se heurtera demain à l'esprit revanchard de l'Américain Greg LeMond, largement dominé sur son propre terrain, mais dont l'orgueil exacerbé ne pourra durablement s'accommoder d'un tel échec. Le Basque devra compter aussi avec Gianni Bugno qui ne peut pas gagner le Tour un jour, sans oublier Eric Breukink vaincu par un virus qui engendra bien des rumeurs. Mais la rumeur n'est-elle pas l'expression d'une passion collective ?Philippe Brunel, 34 ans, est l'une des meilleures plumes de la presse sportive en France. Après une carrière d'amateur ; il se qualifie plutôt de « dilettante » ; au Vélo Club du 12e, il est devenu journaliste à « l'Equipe », où il a rang de reporter à la rubrique cyclisme. Il suit toutes les courses importantes pour le quotidien sportif. Philippe Brunel a obtenu le Prix Pierre Chany attribué à l'auteur du meilleur article de longue française sur le cyclisme.