Un hôtel de luxe coupé du monde. Galeries, couloirs, tout est longuement détaillé dans le prologue. Seule illusion de liberté : le parc, immense. A première vue, on a affaire à une caste de gens riches, privilégiés. Mais on s'aperçoit très vite que ce sont des zombies. Ils font toujours les mêmes gestes, et ils accomplissent un rituel qui semble inébranlable : table de jeu, bar, piste de danse, promenade...
Même les conversations sont parfaitement artificielles ("l'été 1928, il a gelé pendant une semaine"). D'ailleurs elles commencent, mais ne finissent jamais.
Parmi tous ces gens qui paraissent s'accoutumer de leur suffisance, une femme, très belle, qui est en couple avec un homme qui est sans doute son mari. Un inconnu (?) s'impose, s'incruste dans l'apparente normalité de cete femme. A chaque fois qu'il la retrouve (au détour d'un couloir, dans le parc) il lui rappelle le souvenir de précédentes rencontres. Cette fois-ci, il veut qu'elle parte avec lui et, pour la faire céder, il reconstruit le puzzle de leurs anciennes entrevues. Mais elle prétend ne se souvenir de rien. Elle lui répéte, inlassablement "Laissez-moi tranquille" ou "Vous savez bien que c'est impossible". Mais il insiste, il la harcèle. Petit à petit, l'équilibre fragile que cette femme s'était construit se fragmente : un éclat de soleil, un cri, un talon cassé, un coup de feu, un verre brisé. La certitude fait place au doute et le bout du labyrinthe se fait entrevoir. L'inconnu l'aime, et c'est la force de cet amour qui va lui faire trouver le chemin de la sortie.
Mais vers quelle liberté? quelle autre prison?
A sa sortie, le film intrigua à la fois les critiques et le public. Tout le monde voulut jouer au "jeu de Marienbad". On le crut hermétique, alors qu'au contraire il permet à chaque spectateur de se lancer dans sa propre analyse, sa propre vue d'esprit.
Près de 50 ans après, Resnais reste le plus jeune de nos vieux réalisateurs. Il a reçu un trophée d'honneur à Cannes, trophée tardif mais amplement mérité.