"De mon doux pays d'Arménie, j'aime le nom à saveur de soleil/De la lyre de nos aïeux, j'aime la corde baignée de pleurs./J'aime les fleurs couleur de sang, et l'odeur ardente des roses./Et des filles de Naïri, j'aime la danse et la grâcieuse pose." . C'est sur ce poème d'Eghiché Tcharents, "Eloge de l'Arménie" (1920-1921), que débute ce Découvertes Gallimard traitant du pays du mont Ararat.
Le couple d'auteurs, Annie et Jean-Pierre Mahé, est spécialiste de la question, à travers notamment la Revue des Etudes Arméniennes.
L'ouvrage est découpé en cinq chapitres chronologiques. Le premier évoque les origines des Arméniens jusqu'à l'intervention de Rome dans la région, entre 3000 av. J.-C. jusqu'au IVème siècle de notre ère. Le deuxième aborde l'un des fondements constitutifs de l'identité arménienne, la conversion au christianisme qui fait de l'Arménie le premier Etat à religion officielle chrétienne, avant même l'Empire romain ; une Arménie tiraillée ensuite entre Empire romain d'Orient et Empire sassanide, alors même qu'elle choisit la voie du monophysisme qui la met en porte-à-faux de Constantinople. Le troisième chapitre explique le sort de l'Arménie après l'arrivée de l'islam et des conquérants du Prophète : l'Arménie finit par retrouver une certaine indépendance, avant d'être absorbée par les Byzantins eux-mêmes vaincus par les Seldjoukides, défaits à leur tour par la Géorgie dont le roi est issue d'une famille arménienne. Il est question aussi du royaume arménien de Petite Cilicie dont l'existence ouvrit l'Arménie aux influences occidentales. Ce royaume finit balayé par les invasions successives, Mongols, puis Tamerlan et enfin les Turcs Ottomans. Dans le quatrième chapitre, il est question de la période moderne où l'Arménie se retrouve prise en écharpe, encore une fois, entre l'Empire ottoman et la Perse safavide, tandis que ses élites constituent une diaspora commerçante et intellectuelle à l'étranger. A la fin du XIXème siècle, l'avancée russe par le Caucase remet sur le devant de la scène la "question arménienne", alors même que les premières persécutions turques s'abattent sur cette population. La Première Guerre mondiale voit ces persécutions culminer dans ce qui est aujourd'hui reconnu par plusieurs Etats et par l'UE comme un génocide, selon la définition de l'ONU de 1948, en 1915. Le dernier chapitre enfin, expose la naissance et le devenir des trois républiques arméniennes du XXème siècle : la première éphémère de 1918-1920, la deuxième de la domination soviétique, puis la dernière, l'actuelle, établie en 1991 au moment de la chute de l'URSS. Une troisième république meurtrie par l'héritage de la férule soviétique et le problème persistant du Haut-Karabagh, enclave arménienne dans l'Azerbaïdjan voisin. Sans oublier qu'il y a presque autant d'Arméniens de la diaspora, aujourd'hui, que dans l'Arménie elle-même...
Comme toujours dans la collection, le texte est complété par des documents de référence, une chronologie indicative et une bibliographie permettant d'aller plus loin. Un bon volume en tout cas.