Milan Kundera est un auteur énigmatique."Le monde des théories n'est pas le mien" affirme-t-il en exergue de cet essai.Pourtant, comment faire la part, dans son oeuvre, entre l'attirail conceptuel et théorique qui préside à l'élaboration de ses romans, et cet art diégétique
de la mise en scène qui rend sa lecture si "facile".La contradiction n'est en réalité qu'apparente:l'objectif de toute son oeuvre consiste à définir quelques grands concepts(la pesanteur, le kitsch, l'identité,...)à travers des situations romanesques "existenciellement révélatrices".La réflexion kundérienne au sein du roman n'est pas une digression gratuite, mais l'illustration de la diégèse.On comprend mieux alors les conceptions philosophiques des personnages, sortes de doubles fantasmés du moi de l'écrivain."L'art du roman" parle à la fois de la crétion kundérienne, mais également du roman européen à travers les âges:un destin saisi de façon pointue par Kundera.On trouve de brillantes analyses de Rabelais, de Kafka, Diderot, Musil, Broch...Cet ouvrage est un remarquable commentaire d'une oeuvre grandiose de notre époque, en même temps qu'une analyse littéraire pointue et un hommage à la création romanesque.Kundera, à travers sa propre conception du roman, nous donne des clés précieuses pour mieux comprendre le genre.Un essai magnifique, rempli de concepts littéraires parfois ardus, mais limpide.