« Ma mère ne m'a jamais donné la main... », l'incipit est fameux. Violette Leduc n'a pas été aimée de sa mère, une coquette au regard dur, et cette souffrance nourrit son livre de souvenirs.
Dans le Pas-de-Calais des années vingt (relents de genièvre, de bière, de « toubaque »), c'est l'histoire d'une petite livrée à elle-même, en plein désarroi. Un homme au regard glauque l'attire sur ses genoux et dégrafe sa robe. Une voisine l'emmène à l'herbe aux lapins. Elle suit sa grand-mère en visite, dans une maison ripolinée (« la maison était décorée partout avec les petits diamants de la propreté »). Un orchestre accompagne les séances de cinéma muet, dont elle sort exténuée. À l'internat, on joue du piano. Monde d'autrefois (blouse de linon, gants de filoselle), mots d'autrefois (nochères, gaillette, jujube), que l'on ne comprend plus toujours. De temps en temps, l'auteure semble s'égarer (« elle cacha son visage entre ses cuisses », n'est-ce pas un peu bizarre ?).
Publié chez Gallimard en 1946, grâce à l'intervention de Simone de Beauvoir, ce texte mal relu (répétitions malencontreuses), parfois déroutant (« il épiçait sa moustache », pour épisser ?), paraît dans la tonalité de l'époque, assez chagrine (« les madeleines me dégoûtaient »). Mais il y a peut-être du Bernanos dans ce récit, et même du Rimbaud.