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Le très bel ouvrage que viennent de publier les éditions Thames & Hudson propose une visite de ce lieu désormais fermé au public. Par des dizaines de photographies de Perry Ogden, nous découvrons un espace surchargé. Ces images nous livrent une incroyable quantité d'informations. Sur les murs, on peut découvrir des dizaines d'esquisses, des photographies qui ont servi de modèle à certaines toiles de Bacon. Accompagné d'un très court texte qui nous restitue le contexte de ces photographies, ce livre se révèle un très précieux guide pour qui veut entrer dans l'univers de Bacon. --Damien Sausset
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Ce transfert historique s'accompagne aujourd'hui de la parution d'un superbe album de photographies de Perry Ogden préfacé par John Edwards. Autorisé à pénétrer dans les lieux, le photographe s'est livré à une sorte d'enquête policière comme s'il arrivait juste après un crime. Saisissant des vues d'ensemble permettant d'appréhender l'espace ou choisissant de dégager certains détails, le livre se construit comme un cheminement à l'intérieur de la maison. Après un coup doeil à la façade sobre et modeste, on grimpe un escalier pour arriver sur le palier :la marque de Bacon est déjà là, sur une porte entrebâillée dégoulinante de peinture à l'huile.
Véritable immersion dans l'antre du peintre, l'émotion gagne au fur et à mesure du parcours. On avance pas à pas dans ce gigantesque capharnaüm vibrant de peinture dont on imagine sans peine l'odeur de térébenthine. Ici pourtant point de palettes ou plutôt si, mais une seule :l'appartement tout entier. Enfin presque, car le contraste est saisissant entre le lieu de travail au sol jonché de photographies, de livres griffonnés, de vieilles boîtes de conserve, aux murs maculés... et la cuisine-salle de bains ou la chambre dont l'ordre étonne. Jamais en trente ans le peintre n'a procédé à un réaménagement des lieux.
On découvre que le confort matériel intéressait visiblement peu cet homme qui vivait dans le plus grand dénuement (les ayants droit de la succession Bacon viennent d'ailleurs de porter plainte contre la Malborough Gallery qui aurait lésé l'artiste de plus d'un milliard de francs).
Mais le plus émouvant reste sans doute le processus de création que l'on voit poindre dans cette série de photographies. Dans cet amas indescriptible qui encombre l'atelier, où des photos d'Étienne-Jules Marey côtoient celles d'athlètes, où une monographie sur Velázquez émerge d'un bouquet de pinceaux sales, où une sorte de dictionnaire médical arbore des maladies de peau, où traînent de vieux pantalons en velours dont l'artiste appréciait les traces dans sa peinture, la genèse d'une oeuvre se lit.
On se sent le témoin privilégié d'un univers en train de se dévoiler. Tout ici porte la trace d'une oeuvre en train de se faire, dans un espace où le chaos côtoie le sublime. Perry Ogden nous livre le magnifique portrait posthume d'un des plus grands peintres du XXe siècle, saisi en toute intimité. --Isabelle Yaouanc--