Les choses vont vraiment mal : les Etats-Unis, dernier bastion du monde libre, se retrouvent isolés sur la scène mondiale face à la menace communiste. L'OTAN est dissout, l'Europe affiche une neutralité prudente et, selon la théorie des dominos chère au Président Truman, les pays d'Amérique Centrale rejoignent les uns après les autres le bloc de l'Est à la suite de Cuba...
Matt Eckert et ses amis quant à eux, se rendent comme d'habitude au lycée de leur petite ville de Calumet, Colorado. Quelle n'est pas leur surprise quand ils voient atterrir des parachutistes ennemis sur leur terrain de foot ! Secondés par soixante divisions soviétiques qui ont traversé le détroit de Béring, les Cubains et les Nicaraguayens viennent de déclencher les hostilités contre les Etats-Unis et du même coup, la Troisième Guerre Mondiale.
Les paras se mettant aussitôt à abattre tout ce qui bouge, Matt et quelques lycéens parviennent à s'enfuir de justesse et à se réfugier quelques temps dans les montagnes. Leur retour en ville est insupportable : Les Soviétiques et leurs alliés l'ont complètement asservie et collectivisée, tandis que leurs proches ont été soit tués, soit déportés en camp de rééducation populaire. Une seule solution s'offre donc à eux : bouter l'envahisseur rouge hors du territoire !
Ce film réalisé en 1984 par John Milius, co-scénariste de films comme "Apocalypse now" ou "Star Wars", et surtout réalisateur de "Conan le barbare", part d'une idée relativement originale mais pas si invraisemblable à l'époque : et si les Etats-Unis étaient envahis par les puissances du Pacte de Varsovie... le pays était en plein reaganisme et le bloc de l'Est incarnait "l'Empire du Mal" : il était donc primordial de le surpasser militairement et politiquement. Hollywood emboîta le pas, proposant à l'opinion publique tout un ensemble de films comme ceux de Chuck Norris ou la série des Rambo, sensés effacer des mémoires la débâcle du Viêtnam tout en réaffirmant la supériorité américaine dans tous les domaines.
Dans ce contexte, "L'aube rouge", un film à petit budget et un scénario catastrophe fait une entrée fracassante au box-office, avec 40 millions de dollars de recettes lors de sa sortie aux Etats-Unis. Il récolte même 8,2 millions de dollars en un seul week-end, alors que sont diffusés les JO de 1984.
L'idée première du film est assez évidente : exalter les valeurs US et dénoncer le communisme. In god we trust ! Cependant les deux stratégies manquent autant de finesse l'une que l'autre, même si certains Américains sont montrés comme lâches et certains envahisseurs comme finalement humains.
Au niveau du contenu, si l'on prend le film au premier degré, il s'agit tout bonnement d'un film de propagande (sponsorisé par la NSA c'est dire). Les Soviétiques sont purement et simplement assimilés aux nazis (il est vrai que d'un côté les Hongrois, Afghans ou Polonais n'ont pas vu beaucoup de différence ; quand aux pays baltes, ils ont même préféré les nazis...) tandis que l'Amérique est montrée comme le parangon de la vertu, du courage, de l'abnégation etc.
Les qualités de ce film résident donc plutôt dans sa mise en scène ainsi que dans le réalisme du tournage ; l'image quant à elle est d'une esthétique incontestable. Les scènes d'action bien que nanardes, sont brutales et efficaces.
Basil Poledouris, qui mettra en musique nombre de films de Milius, nous gratifie ici d'une bande originale épique et ronflante à souhaits, mais qui rappelle plus un bon vieux western qu'un film de guerre.
En ce qui concerne les décors et le matériel soviétique, un réel effort a été fait. Les hélicoptères Mi-24 de l'armée rouge à la silhouette typique ont été bricolés à partir d'hélicoptères Puma modifiés, tandis que les chars T-72 et ZSU-24 ont été construits de toute pièces. Les uniformes russes sont également fidèlement reproduits, d'où une certaine crédibilité cinématographique. Dommage que celle-ci soit discréditée par les exploits invraisemblables de nos braves lycéens : on a du mal à croire que quatre ados boutonneux flanqués de deux gamines prépubères, le tout équipé de deux kalachnikovs de récup, d'un lance-roquette magique qui tire sans arrêt (les problèmes de ravitaillement en munitions sont totalement occultés) et d'un arc avec trois flèches parviennent à anéantir des colonnes entières de blindés de l'Armée Rouge, et tout ça sans entraînement militaire...
En dépit de ce côté farfelu le casting est intéressant, réunissant une belle brochette de futurs stars encore inconnues à l'époque : Patrick Swayze encore tout jeune et joufflu, Charlie Sheen (consacré plus tard dans "Platoon" ou encore "Hot shots" et dont on découvre un des premiers rôles), Thomas Howell, Lea Thompson ("Retour vers le futur") ou Jennifer Grey (qui retrouvera Swayze dans "Dirty dancing"), tous mignons tout plein dans leurs rôles de boy-scoots qui prennent le maquis pour devenir des légendes de la résistance...
Cependant les meilleurs rôles sont pour moi interprétés du côté des "méchants" : Ron O'Neal très crédible en colonel cubain Ernesto Bella, William Smith (le père de Conan le barbare !) excellent dans le rôle de Strelnikov, l'idéologue du Parti (qui parle russe avec un accent à mourir de rire - mais il y a au moins un effort de ce côté-là), sans oublier l'acteur polonais Vladek Sheybal dans celui du cosaque Bratchenko, représentent pour moi les trois meilleurs rôles du film. On pourra juste regretter le manque de développement de ces personnages, d'autant plus que ce sont eux qui ont les réflexions les plus profondes du film (du côté des "gentils" les dialogues sont quand même impayables !).
En conclusion, malgré quelques lourdeurs, un manichéisme prononcé à la Tom Clancy (il ne manque plus que les terroristes transnistrio-lybiens coco-islamistes alliés à l'IRA antidémocratique et à la Corée du Nord, armés par le PKK et le Sentier Lumineux, flanqués d'armes de destruction massive iraniennes...), un scénario un peu niais et quelques invraisemblances (les méchants cocos russkofs et leurs potes les moricauds basanés pas très contents d'être mis en déroute par une poignée d'ados à peine pubères) "L' aube rouge" n'est pas pour autant un mauvais film. Il reste même un bon divertissement si l'on fait abstraction de son fond, et constitue un témoignage intéressant sur l'atmosphère qui prévalait lors de la Guerre Froide.