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J'ai beaucoup aimé ce livre autrefois, il faisait partie de mes relectures régulières et je l'ai repris, 20 ans après (enfin, peut-être plus, mais je ne veux pas le savoir !) avec un peu de circonspection.
Pourtant j'ai retrouvé beaucoup de ma fascination de jadis en relisant ce livre, pour la première fois dans sa version originale.
Daphne du Maurier est douée pour écrire des histoires prenantes, qui semblent paisibles et quotidiennes, mais qui entraînent le lecteur dans un suspens haletant, avec un brio digne d'un bon livre policier.
Les descriptions sont généreuses, mais pas ennuyeuses, car elles contribuent à tisser l'ambiance qui baigne les personnages (toujours excellents) et le lecteur, envoûté, tourne les pages avec passion voire frénésie.
L'histoire de l'auberge de la Jamaïque commence par un mélange de morne (une jeune fille pauvre, dont la mère vient de mourir et qui part vivre avec une tante qu'elle n'a pas revue depuis une dizaine d'années) et de violent (le temps est affreux et Mary subit un longue voyage dans une diligence, comprenant peu à peu que sa destination fait l'objet d'une répugnance générale).
La vie qui attend Mary, une jeune fille travailleuse téméraire et têtue, est horrible : l'auberge jouit d'une réputation aussi abominable que mystérieuse, l'oncle est une figure terrifiante et la tante, dont la jeune fille avait gardé le souvenir d'une très jolie jeune femme gaie et insouciante, est devenue une créature frêle et terrorisée...
L'ambiance, que l'on pourrait penser gothique, est pourtant le reflet de réalités bien concrètes, que le lecteur devine peu à peu, avec l'héroïne. Au fur à et mesure des révélations et des rares rencontres de Mary (le séduisant et très douteux frère de l'oncle honni, l'énigmatique et généreux Vicaire d'Altarnun) les mystères se dévoileront un à un, jusqu'au crescendo final, très surprenant.
La fin est étonnante aussi, par la volonté de l'auteur de placer son héroïne dans une position inconfortable et devant un choix difficile. J'avais gardé un souvenir perplexe des motivations des actes de son dernier interlocuteur et, plutôt curieusement, ce sentiment demeure à cette nouvelle lecture - orgueil, malice, cruauté, sentiments sincères ? - le mystère demeure...