L'Aurore (Sunrise, 1927) est considéré par nombre de cinéastes et de critiques de cinéma comme le plus beau film du monde.
Chef-d'oeuvre de Friedrich Wilhelm Murnau, ce film muet est effectivement d'une beauté à couper le souffle.
C'est un film intemporel et universel.
Un homme jeune est marié à une femme aimante. Il est fermier sur une île.
Une femme de la ville passe ses vacances sur l'île. L'homme est pris entre l'amour qu'il porte à sa femme et l'attirance sexuelle pour la femme de la ville qui le pousse à tuer sa rivale en faisant croire à une noyade accidentelle.
L'homme emmène sa femme pour une promenade en barque sur le lac. Il s'apprête à la tuer mais ne peut s'y résoudre. Arrivés sur la terre ferme, la femme s'enfuit vers la ville. Le mari veut se faire pardonner. Leur amour pourra-t-il se reconstruire et le destin laissera-t-il le couple s'aimer à nouveau ?
L'Aurore est un film d'une beauté époustouflante et d'une grande profondeur.
Il est construit sur une série d'oppositions violentes : l'amour idéalisé et l'attirance des sens, la femme aimante et l'aventurière, le jour et la nuit, la campagne et la ville. L'homme pris par ses pulsions cède, résiste et renaît et le couple parvient à reconstruire son amour.
Le scénario met en relief des sentiments extrêmement puissants que la mise en scène de Murnau pousse à l'extrême
Le film comporte des scènes inoubliables : la mise en valeur des attraits de la ville par la femme séductrice, la tentative de meurtre sur la barque, le tramway serpentant dans la ville, la scène du mariage auquel assistent les époux et qui leur permet de se jurer à nouveau fidélité, les gamineries chez le photographe, le baiser qui immobilise la circulation, la poursuite du petit cochon, la danse paysanne, le salon de coiffure où la fidélité de chaque époux est mise à l'épreuve, la tempête, les roseaux éparpillés, le sauvetage de la femme aimée que son mari avait cru morte et le retour honteux de la femme fatale à la ville.
Le jeu des acteurs et leur direction par Murnau est sublime. Les expressions des visages ou de simples démarches traduisent des sentiments d'une intensité violente. Murnau joue habilement de la division de l'écran et du passage entre la gauche et la droite pour symboliser les antagonismes.
C'est un film que l'on n'oublie pas.