Dans cette autobiographie bouleversante, Artur London évoque les rouages diaboliques d'un procès purement politique dans un état dont tous les pouvoirs (politiques, économiques, sociaux) étaient monopolisés par un parti unique. De plus, ce parti était dirigé et contrôlé par un parti frère étranger dans l'intérêt de ce dernier.
Par les (confessions) autocritiques publiques imposées aux membres et par les rapports que les dirigeants rédigeaient régulièrement sur leurs subordonnés, les personnes au pouvoir (directement ou indirectement) disposaient d'éléments réels et essentiels contre leurs 'ennemis' en cas de règlements de compte.
De plus, les accusations contre les inculpés étaient si vastes qu'elles pouvaient être utilisées contre tout l'appareil du parti du plus haut au plus bas.
Les interrogations inhumaines parvenaient à transformer les victimes en animaux dominés uniquement par leur instinct de conservation. En fin de compte et même en étant innocents, les inculpés ont avoué d'être coupables ... dans l'intérêt du Parti (qui ne se trompait jamais) et du socialisme. Onze ont été condamnés à mort par pendaison (leurs cendres ont été vidées dans des sacs à pommes de terre) et trois à la peine de privatisation de liberté à perpétuité, dont l'auteur.
Le livre démontre brutalement qu'un système politique, basé sur le 'centralisme démocratique' n'est en fait rien d'autre qu'un déguisement pour un 'centralisme bureaucratique pour éliminer la démocratie'. Le Parti n'était pas un moyen pour arriver à la société socialiste, mais un but pour consolider le pouvoir d'une petite clique.
Cette autobiographie prouve aussi la désastreuse et mortelle division de la gauche. Des anarchistes, communistes, socialistes, trotskystes et titistes se battaient entre eux et s'entretuaient.
Ce livre est un document humain d'une rare intensité émotionnelle.
A lire absolument.