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Emporté dans la tourmente de la folie, du chamanisme et de la quête de son identité, le héros perd le peu de repères qui lui restent. Psychotropes et complot aidant, il est propulsé dans divers niveaux de réalités parallèles – qui pourraient n'être que les variantes d'un vaste jeu voyant les hommes manipulés, depuis la nuit des temps, par une poignée de sorciers soucieux d'asseoir leur pouvoir sur les tristes mortels. Ainsi s'opère au fil de presque 700 pages la mutation d'un espion à la petite semaine devenu tour à tour aliéné mental, criminel, consultant, créateur de génie sur le Net…
En phase avec la fin du siècle qui est aussi la fin du cycle régissant les habituelles "consignes de sécurité" garantissant tout retour à la normale, le roman de Ravalec est énorme de la première à la dernière page. Il vaut surtout pour cette démesure continuée. Le lecteur qui s'y ose en prend pour son grade, tant le prisme de la folie et de la manipulation dénature ici tout regard objectif apposé au réel. Références constantes à l'art contemporain, au Seigneur des anneaux, au délire des start-up de la Net-économie, la farce culmine dans la dernière partie de l'ouvrage avec la mise au point lors du réveillon de l'an 2001 d'une mémorable party où certaines figures de la jet-set littéraire et du show-biz se retrouvent bombardées d'excréments avant d'être abreuvées de psychotropes pour une orgiaque rave ludo-spiritualiste qui annonce la prochaine ère de Cristal…
Que restait-il des images pieuses qui avaient bercé les siècles ? Pas grand chose, (…) un prophète à trois sous, concepteur de best-sellers et de lunettes de soleil, qui avait annoncé une fausse apocalypse au moment d'un éclipse de soleil, trois mois plus tôt.
Après The Game de David Fincher, et The Prestige de Christophe Priest, un hymne "tripant" à la magie, à la puissance des ordinateurs et des jeux vidéo, qui fait douter chacun du sens de sa présence sur Terre. Une transe littéraire aux phrases infinies scandées par la world music qu'apprécieront surtout les joueurs de tous crins ou les adeptes harrypotteriens de sorcellerie new age. --Frédéric Grolleau