Ce qu'il y a d'admirable dans le temoignage autobiographique de Rachid O., jeune ecrivain marocain ne en 1970, c'est son innocence.
Un garcon aime les garcons, et plus encore, les hommes. Il drague, il se fait draguer. A partir de treize ans il vit une authentique histoire d'amour avec son professeur d'arabe. Puis une autre, a quinze ans, avec un ami qui a presque le triple de son age. Et parvenu a l'age adulte, il est fier de cette enfance, fier de cette adolescence, aussi remplies que possible d'amour et de desirs, de bonheurs et de tourments.
Ce temoignage, dans sa simplicite, sa naïvete, sa verite incontournables, et dans la multitude de ses details vecus, est la reponse de la vie reelle a une vision castratrice des enfants et des adolescents. Par son authenticite meme, elle disqualifie les aigreurs et les aveuglements d'une pretendue « protection de l'enfance » qui ne protege en realite que l'ideologie puritaine de ses sectateurs.
(Le critique qui a ecrit que Rachid « plait aux garcons et aux hommes » oublie de preciser que cette attirance est absolument reciproque. Quant a parler de « commerce », c'est jouer sur les mots : a aucun moment le jeune Rachid ne se prostitue ni ne profite financierement de ses liaisons ; le terme ne vaut donc ici que dans son sens ancien de "relation avec une personne").
Le Maroc, pays admirable, n'est pas un paradis, bien sur - pas plus que la France. Mais il est encore exempt du puritanisme etats-unien qui pollue les esprits occidentaux depuis une vingtaine d'annees. Le recit de Rachid O. nous le rappelle opportunement (tout comme "Mon Maroc" de Abdellah Taïa, autre autobiographie d'enfance, ou l'on retrouve les memes tonalites de bonheur simple et de sensualite juvenile).