Quatrième de couverture
Pourquoi revenir une fois encore à la question de l'engagement des intellectuels ? La transition à l'Est et au Centre de l'Europe ne laisse-t-elle pas ceux-ci déroutés, sinon démunis ? La référence éthique, la quête esthétique ne sont pas dans un air du temps marqué par la déception des paradis perdus, par la désillusion des paradis inaccessibles. Le retour à une étude du rôle des intellectuels entre 1945 et 1989 s'impose - le séminaire organisé sous les auspices de l'INALCO à l'automne 1992 répond à un besoin impérieux, celui du souvenir. La mémoire est lente à retrouver ses engagements radicaux de 1956, 1968, 1977 ou 1989. Le souvenir est un réapprentissage de ce que furent la révolte, la compromission, l'abdication ou la rupture par l'exil. Se souvenir conduit à constater des solidarités transnationales (la liberté demandée en 1956 à Poznan, à Varsovie et à Budapest, la liberté réclamée en 1989, le respect des sociétés civiles revendiqué en 1968 dessinent une culture commune à l'espace Centre-Est européen). La crise actuelle gomme la présence d'un héritage commun. Travailler sur la mémoire de l'engagement est une thérapie contre l'oubli de la mobilisation démocratique et contre la valorisation actuelle des fractures transnationales. Ces compétitions nationales renvoient à des passés lointains. La réflexion démocratique transnationale, c'était hier encore, un hier à portée de la mémoire vivante.