L'une des principales qualités de ce riche et stimulant essai est de " remettre les idées à l'endroit ", de briser le conformisme ambiant qui voudrait faire de la technique, de la fatalité de l'évolution technologique mais aussi économique, commerciale ou tout simplement historique (ô mannes de Marx !) l'explication de la situation actuelle en même temps que l'horizon indépassable de notre avenir. Or, si nos vieilles sociétés occidentales, et même l'ordre international qui s'était peu à peu imposé entre elles se trouvent aujourd'hui bouleversés par l'irruption de l'infowar jusque dans les ordinateurs domestiques des " citoyens du monde ", c'est essentiellement - au sens étymologique du terme - en raison de la démission du politique. Nul déterminisme là-dedans ! La violence n'étant plus l'apanage de la seule sphère publique, elle n'a bien évidemment pas disparu : elle s'est déversée, sans retenue, dans tous les interstices, sur toute la palette des activités humaine, au premier rang desquelles celle érigé en " nouvel or noir " de nos sociétés écervelées, décérébrées : l'information. La conclusion que tire Huyghe de cette véritable odyssée au c½ur de la chaos-naissance du monde à venir est digne d'Hölderlin, en rupture totale avec le cocooning et l'infantilisme béats que nous impose la sphère des évidences courantes : il nous dit que là où il y a conflit, il y a nécessairement place pour la décision et pour la volonté, donc pour le retour du politique au sens noble du terme. C'est tout ce que l'on peut souhaiter !