Le livre propose une compilation de conferences, de nature philosophiques, donnees a Cambridge en octobre 1956 par Erwin Schrödinger, qui est un des fondateurs de la mecanique quantique [avec notamment sa fameuse « equation d'onde » associee a un flux de particules]. Celle-ci est precedee d'un essai (un peu long) de Michel Bitbol qui permet de connaître les principaux evenements de la vie de Schrödinger, d'origine viennoise, avec pour ce qui est de la physique l'influence de l'approche statistique de Boltzmann et, pour les aspects philosophiques qui le passionnaient egalement : Mach, Schopenhauer et la doctrine indienne des Upanishads.
Des les premieres lignes, le probleme de l'interaction de l'esprit de l'homme avec la matiere du monde est pose : « Le monde est une synthese de nos sensations, de nos perceptions et de nos souvenirs. Il est commode de le considerer comme existant objectivement par lui-meme. Mais il n'apparait certainement pas en vertu de sa simple existence. »
Les deux premiers chapitres empruntent grandement a la biologie et a la physiologie pour examiner la conscience et l'intelligence de l'homme pour en souligner toutes les limites.
Les deux chapitres suivants sont les plus interessants car ils exposent l'approche de l'auteur. Reprenant a son compte les travaux de C Sherrington, neurophysiologiste et prix Nobel de medecine en 1932 et notamment la phrase : « l'esprit de l'homme est un produit recent de la surface de notre planete », Schrödinger progresse par suite d'antinomies pour montrer que l'objectivation - une des bases de la methode scientifique - est une construction, forcement simplificatrice et incomplete, effectuee a partir d'un ensemble de manifestations comportementales « neuronales » de l'homme (sujet) interagissant avec une partie alors « objectivee » de la matiere, supposee reelle, du monde (objet).
Il souligne alors que : « le monde materiel n'a ete construit qu'au prix d'une exclusion du moi, c'est-a-dire de l'esprit. L'esprit ne fait pas partie du monde materiel ; par consequent, il ne peut ni agir sur lui, ni etre influence par une de ses parties. » D'ou sa critique de la notion « d'interaction physique » sur laquelle se rejoigne un certain nombre d'autres physiciens quantiques de l'epoque. [On se rappelle par ailleurs son article sur le paradoxe du « chat de Schrödinger », illustrant la non-applicabilite de certains principes quantiques a l'echelle macroscopique.]
Enfin, il tient alors a interroger les sources de la connaissance scientifique, souvent ignorees avec condescendance, avec des exemples et illustrations philosophiques, religieuses ou spirituelles, biologiques et physiques. Dans ce dernier domaine et en coherence avec sa philosophie, il reste « fidele » a l'approche statistique, sorte d'horizon des possibles (de la matiere du monde) ou, au travers d'un ou d'une suite d'evenement, se manifeste une objectivation unique (pour l'esprit de l'homme).