Une bande de jeunes de banlieue répète, pour leur cours de français, un passage du "Jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux, oeuvre sur l'hypocrisie et les faux semblants. Krimo, qui ne joue pas dans la pièce, tombe amoureux de Lydia et s'arrange pour remplacer Arlequin afin de l'approcher. Mais, aussi balourd que timide, il a autant de mal à répéter la pièce qu'à séduire Lydia.
Présenté au Festival du Film Entre Vues 2003 à Belfort, "L'esquive" a reçu le Grand Prix du long métrage français et le Prix du Public, et s'est vu récompenser par six Oscars à Cannes 2005. Quand un film se voit attribuer autant de Césars, on ne peut s'empêcher de vouloir connaître la raison d'un tel plébiscite : résultat, on a un scénario qui tiendrait sur un coin de ticket de métro, récompensé par le César du meilleur scénario original. Une réalisation caméra au poing tenue par un ivrogne, récompensée par le César du meilleur réalisateur. Un film qu'on n'oserait pas montrer dans une soirée entre potes récompensé par le César du meilleur film. Des ''acteurs'' qui partent en vrille gratifiés des Oscars des meilleurs espoirs masculin et féminin, des dialogues dignes de "La guerre du feu" avec un répertoire de 20 mots maximum (et encore il faut voir lesquels...), et nous avons selon le Jury des Césars rien de moins que le film de l'année 2005 !
Le scénario, en gros : y'a un galérien du tiéquar c'est Krimo sa race, wesh alors y kiffe une taspé mais y sait ap comment lui dire voilà quoi nique sa mère wesh alors coup de vis, y commence à faire du théâtre comme aç y croit qu'y va la moyenner wesh alors mais elle le calcule ap t'as vu elle s'en bat grave la race de lui.
Les ''acteurs" (dont c'était le premier essai, à part Sarah Forestier qui avait déjà quelques rôles à son actif) ne font que jouer ce qu'ils sont dans la réalité. On a parlé d'"incandescence" à leur sujet... faut vraiment pas charrier. Osman Elkharraz, notre meilleur espoir masculin totalement amorphe, traîne sa carcasse et sa face de chien battu du début à la fin pour interpréter son rôle d'amoureux maladroit.
Sarah Forestier est d'une vulgarité à faire dresser les cheveux sur la tête. J'ai encore préféré Sabrina Ouazani, deuxième meilleur espoir féminin, qui joue Frida. Pour moi le meilleur rôle est celui tenu par Carole Franck, tout à fait convaincante dans son rôle de prof gauchiste brute de décoffrage.
Le ''film'' est donc servi par des "acteurs" qui nous offrent des gros plans sur leurs trognes et nous crachent leur patois à un point que ça donne mal au crâne. Les "dialogues" sont à vomir, ça commence normalement et ça finit par se hurler les uns sur les autres à grands renforts de "Ouah la chnek à sa grand-mère wesh alors t'as vu l'bâtard comment qu'y m'a carot' woullah l'hadim sur l'coran d'la Mecque qu'j'vais lui niquer sa mère à c'fils de pute stakhfallah t'as vu" : un sous-titrage aurait pu être prévu pour les non-initiés !
"L'esquive" montre une banlieue fantasmée par des bobos qui n'y ont jamais mis les pieds. "Ça se passe en banlieue, c'est authentique" ! A voir... parmi autres irréalismes démagogiques, les filles sont à parité, respectées, habillées sexy et parlent aux garçons d'égal à égal. Les immeubles sont passés à l'eau de javel pour donner un décor limite idyllique. Cette ambiance bon enfant entre sexes, et même ethnies (on a même un wesh-wesh asiatique !), cette absence de préjugés m'ont bien fait rire. Frida qui s'énerve parce que Lydia est arrivée en retard c'est tellement gros que ça m'a juste fait sourire. C'est vrai que la ponctualité est une vertu en banlieue...
Et bien sûr pour se faire plaisir - cerise sur le gâteau - une rafle de flics qui ne sert absolument à rien, il fallait juste que les wesh-wesh se fassent "victimer" pour que le public comprenne bien l'origine du "malaise des banlieues". Les méchants flics par contre sont tous bien blancs, histoire de cacher le fait que les premiers racistes sont les banlieusards. L'irréel tourne carrément à la manipulation. On va bientôt nous faire croire que l'unique problème des banlieues, c'est la lutte des classes...
Les sentiments refoulés pour ne pas passer pour un bouffon, le manque de vocabulaire empêchant d'exprimer clairement toute pensée ou émotion sont le seul fait avéré du film.
"L'esquive" reposait pourtant sur une idée originale pour traiter de la banlieue ; le double niveau de langage aurait pu y donner de la profondeur. Au final on passe de l'un a l'autre sans subtilité, et on n'arrive qu'à une caricature de plus : si Kechiche avait comme but initial déclaré de fustiger les préjugés, c'est le contraire qui ressort de ce ''film'' truffé de clichés très préjudiciables pour les quelques habitants de banlieue qui ne se reconnaîtront pas dans cette lourde farce. De plus, ''L'esquive'' aurait pu être humainement intéressant si ce n'était sa lourde teneur idéologique. On y est constamment invité à apprécier les "jeunes" alors que la situation ne s'y prête pas, et il diffuse une idéologie démago et misérabiliste insupportable (on n'échappe pas à sa condition sociale etc.).
La raison de ces Oscars tient donc pour moi uniquement au politiquement correct. On nous sort le stéréotype du jeune reubeu discriminé, et là les bobos allumés se pâment ! Ça fait "engagé", "concerné" par le "problème", non raciste, proche des "jeunes" : que du "social" de bonne conscience. On encense ''L'esquive'' pour ceux qu'il filme mais pas pour son contenu. Amis bobos, si vous tenez à vous encanailler avec ce que vous pensez être le nouveau prolétariat, quittez donc la rive gauche pour vous installer au Val Fourré...
Au final, ''L'esquive'' est une injure à tous les jeunes réalisateurs talentueux qui ne peuvent percer faute de ne pas aborder des sujets suffisamment racoleurs. Après il ne faut pas crier au scandale quand le public préfère les films américains, au vu de ce que nous pond notre cinéma national. Espérons juste que le réalisateur nous épargne une suite du genre "L'esquive II, sa grand-mère la grosse taimp du 9-3".