François Cheng est aujourd'hui membre de l'Académie Française, élu au siège de Jacques Bourbon Busset. Quand je lis une oeuvre d'académicien, je ne peux m'empêcher d'avoir de grandes attentes de lectrice, et malgré mes efforts d'objectivité et mes déceptions précédentes quand il s'agit d'auteurs de « ce » calibre, un espoir de grandeur littéraire subsiste toujours. Un espoir qui, cette fois, n'est pas déçu. La plume de Cheng est magnifique de semblante simplicité, les mots coulent tranquillement, et l'histoire est langoureuse, douce-amère, et elle est belle. Une histoire d'amour, un amour profond entre deux êtres destinés à ne jamais unir leurs corps, contraints à s'aimer en silence, mais à s'aimer d'un amour d'autant plus ardent qu'il est à jamais entretenu par la flamme d'un désir inassouvi. Dao-Sheng, autrefois musicien et, aujourd'hui, la cinquantaine passée, sorte de divinateur et guérisseur ambulant, prend la route pour revenir à la ville qui a vu naître son amour pour Lan-ying. Celle qui jadis avait été la jeune fille d'un grand seigneur est aujourd'hui une femme de cinquante ans, victime d'un mariage malheureux, qui se flétrit au fil des jours. L'arrivée de Dao-Sheng dans la ville changera tout pour elle, et pour lui. Classique ? Oui, mais alors toutes les histoires d'amour sont classiques ; ce qui les différencie est la manière dont on les raconte, et François Cheng est un merveilleux conteur. On se laisse bercer et séduire par ses mots, par ses descriptions si exotiques d'une société qu'on ne peut que frôler du regard, mais il y a plus important encore : l'auteur réussit à communiquer la profondeur et l'essence de l'amour qui lie les deux amants. C'est un impressionnant récit, bien mené et émouvant.