Je reprends en affirmant le titre de l'ouvrage d'un eurosceptique, économiste clair, Gérard Lafay (
L'Euro contre l'Europe ?) qui pointait les causes majeurs de dysfonctionnement de la monnaie unique voulue par Jacques Delors contre l'idée de monnaie commune que ce dernier avait refusé. Livre prophétique. Jean-Jacques Rosa, Jean-Jacques Rosa, économiste, professeur des Universités, ancien membre du Conseil d'analyse économique du premier ministre, appartenait également aux esprits libres qui étaient sceptiques sur le devenir de l'Euro, comme certains hommes et femmes politiques, dont Bertrand Renouvin, directeur politique de la NAR (
Le Krach de l'euro) ; mais qui alors leur offrait une tribune pour s'exprimer ?
N'étaient-ils pas enfin déjà des populistes ? qui est l'injure suprême des oligarques représentés par Alain Minc (
Le Crépuscules des petits dieux) ou bien Laurence Parisot, patronne du Medef dans son gribouillis
Un piège bleu Marine écrit à plusieurs mains qui plus est.
Jean-Jacques Rosa commence son livre par une définition de ce terme :
"Populiste n. adj. : 1. "Qui oppose le peuple aux élites" 2. "Voir démocratique"
Les unionistes ont voulu l'Euro comme monnaie unique envers et contre tout. Aujourd'hui, alors que leur défaite politique et économique est annoncée pour les semaines prochaines, ils se cramponnent désespérément autour de l'argument des États Unis d'Amérique, oubliant cette simple donnée que l'Etat fédéral prélève des impôts ce qui n'est pas le cas en Europe.
- Mais qu'est-ce donc qui a provoqué la mise à mort de la monnaie unique ?
Alors que l'inflation, la fiscalité, le niveau de développement différents, les structures mêmes de populations différentes (âges) ajouterai-je, il n'était en effet pas envisageable de définir une monnaie unique. L'argument social ne tient pas. En clair n'a-t-on pas mis la charrue bien avant les boeufs ? J'avais toujours appris que la monnaie traduisait une politique et non l'inverse. L'Euro fut donc imposé aux peuples européens comme moyen et fin d'une politique qui visait à fédérer tous les Etats autour d'un centre ... administratif à Bruxelles... ?
L'auteur alors se pose la question : Est-ce qu'un Etat central pouvait être plus avantageux que des états existants ? Oui à condition que ces derniers soient homogènes (p.40).
Comment a-t-on pu envisager l'éventualité d'une meilleure efficacité d'un Etat de 320 millions d'habitants - et même de 500 millions pour l'Europe des 27 - que celle de plus petits ensembles ? Cela n'a pas de sens réel.
En effet, les Etats fonctionnent avec des strates d'administration d'administrations ... Créer un super Etat fédéral ajoutait encore des couches, augmentait les hiérarchies dans une société d'informations qui réduit de fait ces niveaux. L'Euro comme monnaie unique se présentait déjà comme un contresens historique (p.44)
L'auteur remarque à juste titre que ce thème est abandonné des palinodies officielles (du Traité de Lisbonne).
La monnaie unique efface tous les stabilisateurs des monnaies nationales. Alors qu'une économie en plein boom génère de naturellement de l'inflation. A l'inverse, une économie en ralentissement se traduit par stagnation monétaire.
Même en tirant une moyenne, la BCE, propose en fin de compte un taux qui ne convient ni à la première économie en croissance, ni à celle en récession.
Un taux trop bas pour une économie en développement génère de la spéculation immobilière et de la spéculation sur d'autres classes d'actifs. Un taux trop haut pour une économie en récession la conduit à la déflation.
Donc un taux unique dérègle profondément les économies européennes.
D'ou le seul instrument de stabilisation économique est le recours au déficit public pour la Grèce, l'Irlande et l'Espagne (immobilier p.54)
- Mais à quel intérêt a répondu la création de la monnaie unique ?
La monnaie unique a répondu à des motivations de factions, groupes de pression qui ne partagent pas l'intérêt général.
L'intérêt des marchés d'emprunts libellés en monnaie forte, mais aussi des entreprises importatrices est évident. Il est en effet plus compliqués pour les cartels de gérer plusieurs monnaies qu'une seule (idem pour les optimisations fiscales / ferai-je remarquer).
"L'Allemagne apportait en dot sa monnaie et sa réputation conservatrice et orthodoxe, les autres pays apportaient à l'Allemagne des débouchés commerciaux avantageux, avantage dont ils feignaient de croire qu'il allait se réduire à la faveur d'une convergence des taux d'inflation. Les industriels et les banquiers y trouvaient pour leur part, un moyen de rétablir, sur le plus vaste marché unique, les cartels dont ils jouissaient naguère sur leurs marché nationaux." (p. 76-77).
Pour éviter tout dérapage, toute dégradation, la mécanique nécessitait un quota d'émission contrôlé et faible d'obligations d'ou le pacte de stabilité. Malheureusement, cette mécanique s'est retournée contre ses principes : la conclusion à tirer est qu'une monnaie forte et unique est une véritable "machine à emprunter" - p.83
- Autre argument présenté par les partisans de la monnaie unique : la concurrence est améliorée et donc les consommateurs sont mieux servis
Hélas, la réduction de la concurrence se confirme par le renfort des cartels (dont celui de la Banque comme l'illustre l'annexe 1 "selon Le Monde du 21 septembre 2010 sur le cartel / entente bancaire" en fin de l'ouvrage.
Ni équilibre ni croissance : "le traité de Maastricht n'a pas amélioré les équilibres budgétaires ni la performance macro-économique des États membres" (p. 88)
Il a facilité l'emprunt à bon marché.
- Mais comment ne pas subir l'intox des défenseurs ultra de l'Euro ?
Ils brandissent la terreur de l'argument de la dévaluation de 20% du franc contre l'Euro qui impliquerait de facto une appréciation de 20% du coût de la dette publique. Ces opposants partent du principe que la dette sera intégralement remboursée ! Mais il suffit de voir la Grèce ! Elle est partie pour abandonner au moins 21% de la dette, voire bien plus...
Faux argument donc.
Affinons : la dette interne en euro (dette détenue par des résidents) : pas d'impact - neutralité car immédiatement convertie en Euro d'où pas de majoration. En France : la dette publique représente 80% du PIB dont 2/3 extérieure soit 53% du PIB. Si dévaluation du franc de 20% => la dette extérieure représentera 64% du PIB ce qui "ne constitue pas un cataclysme économique" p.101-102
Proposer d'abord de dévaluer l'Euro : à parité avec le dollar voire 0,84 pour 1 dollar (son plus bas niveau historique) => meilleure compétitivité par rapport aux États Unis et à la Chine (cf.
La visée hégémonique de la Chine - L'impérialisme économique de Antoine Brunet et
Mourir pour le Yuan ? : Comment éviter une guerre mondiale de Jean-Michel Quatrepoint).
Il y a urgence à réagir. Il ne faut effectivement pas attendre que les pays de la zone Sud sortent de l'Euro avant ce mouvement concerté car alors renchérissement de la parité et opération de dévaluation plus lourde (p.121).
"La centralisation [à Bruxelles] dont celle de la monnaie constitue l'avant-garde a dégradé la démocratie."
Terminant son ouvrage sur une tonalité gaullienne que j'apprécie grandement, Jean-Jacques Rosa écrit :
"L'Euro a constitué une parenthèse réactionnaire et anti-démocratique très paradoxale dans une ère de décentralisation organisationnelle et de compétition accrue. Il faut maintenant et impérativement en sortir pour revenir à l'indépendance monétaire et recréer le franc.
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