Henri est un jeune homme -encore engoncé dans une adolescence trop étroite pour lui- dont la vie change du tout au tout au moment où son regard croise celui de Jean, un trentenaire viril ; un coup de foudre, une passion totale, il n'y a plus que Jean dans la vie d'Henri, la passion est trop puissante pour ne pas être mortifère ; un jeune Jean-Hugues Anglade interprète avec une sensibilité à fleur de peau un Henri mutique qui s'exprime plus par des gestes que par des paroles, il erre dans la gare du nord autour des garçons de désir comme un félin, il est naïf et absolu, il rejette la médiocrité -qui lui est devenue intolérable- de ses parents et se laisse aller avec évidence à son amour des hommes, Jean-Hugues est une des grandes forces du film ; il y a la caméra chercheuse de Chéreau qui erre avec Henri, Jean et les garçons de nuit, des couleurs nets, aucunement vieillies, une mise-en-scène raffinée et juste. Le film a été fait en 1983 juste avant que l'épidémie du sida éclate et comme nous l'apprend Chéreau dans un des bonus, une année de plus et le film n'aurait jamais été fait. Un dvd de bonus dont le très émouvant interview d'Hervé Guibert (co-scénariste du film) au moment de la sortie de son livre "A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie" chez Pivot dans sa célèbre émission apostrophe.