D' Eastwood à Costner, de Pollack à Kasdan ou Jarmush, le cinéma américain qui joue encore un peu aux cowboys s'est sans-cesse référé au quinté mythique d'Anthony Mann et James Stewart.Cinq films qui, à eux seuls,tracent l'équilibre impossible entre limpidité et déchirement. Limpidité de l'air et de l'espace,fugacité glissante de l'ombre et de la lumière, déchirement d'un héros parfois au bord de la rage ou de la crise de nerfs...Jamais peut-être le western n'aura tant été, selon la formule maintenant préhistorique d'André Bazin, l'expression du cinéma américain par excellence...
L'Homme de la Plaine(the Man from Laramie) est le dernier film du duo, tourné, comme trois ans plus tard Man of the West, en cinémascope, cette fois ci à à Taos au Nouveau Mexique en 1955. C'est à nouveau une histoire de traque et de vengeance, au bout du compte impossible, tant l'acharnement contre l'autre est surtout une manière mal déguisée de s'échapper à soi.
L'espace, toujours, chez Mann, vibre autour des personnages à son propre rythme avant d'offrir ses infractuosités au déclenchement brutal de la violence (le chariot sous les branchages au sommet de la montagne, les plaines de sel, dans l'Homme de la Plaine, le dédale rocheux de Winchester 73, la forêt puis le torrent dans les Affameurs (Bend of the River,1952.)
Le format est respecté, la photographie de Charles Lang Jr , particulièrement contrastée (ce qui est à l'ombre est à l'ombre, ailleurs le soleil plombe...) , superbement fidèle à la copie originale.