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Les privilégiés qui ont eu l'occasion de pénétrer dans l'hôtel particulier de Gainsbourg, rue de Verneuil, connaissent cette étrange sculpture d'un homme à tête de chou trônant, énigmatique et fascinante, dans la petite cour. Elle illustre la pochette du disque et inspire le titre de cet album concept, que les aficionados du maître s'accordent à ranger dans le tiercé gagnant de son imposante discographie. Mis en boîte trois ans avant le sacre de "La Marseillaise" version reggae,
L'Homme à tête de chou est, à l'instar des grands crus, un disque à consommer délicatement, à garder en bouche pour mieux apprécier son parfum profond. L'histoire édifiante de Marylou, "petite gueuse shampouineuse", nous est contée par un Gainsbourg qui maîtrise de mieux en mieux ce qui deviendra une de ses marques de fabrique, le talk-over ou l'art de surligner la rythmique avec les mots. Une peinture surréaliste et déjantée, aux camaïeux raffinés et tailladés par endroits de ces coups de rasoir vengeurs dont Gainsbourg savait user pour créer une mise en scène cinématographique et puissamment évocatrice. Nous entraînant avec lui jusqu'au bout de ce délire qui verra Marylou succomber sous la neige carbonique d'un extincteur, il signe un véritable chef-d'oeuvre qui, s'il ne rencontra pas à sa sortie le succès qu'il méritait, sut se venger de cette imposture en vieillissant mieux qu'un grand cru.
--Sylvie Devilette
Critique
Marilou n’est pas Melody mais toute de même... sur ce concept-album le thème reste - une passion amoureuse éblouie mène à la folie - mais ici l’angoisse est plus sourde, le prix plus dur à payer, comme un fruit tout aussi magnifique mais presque trop mûr. Fini les amours innocentes, ici une relation perverse conduit au meurtre, l’histoire est en flash-back, échos de la psyché d’un héros interné, journaliste fragile dont la progression du mal est illustrée par une métamorphose : sa tête se transforme peu à peu en chou (
«Premiers symptômes»).
On retrouve ici le début-rencontre (
«L’homme à tête de chou» et
«Chez Max coiffeur pour homme»), la fin-folie (
«Lunatic asylum»), les flash-évocations, ici d’une tension dramatique intense, (
«Transit à Marilou»,
«Flash forward»,
«Meurtre à l’extincteur») mais aussi des chansons pouvant être sortie du contexte. Comme la ballade presque country de
«Marilou sous la neige» qui sortira en 45T dans la suite de l’album, ou
«Marilou reggae» qui sera à l’origine du premier album 100% reggae de Gainsbourg et y reverra le jour ré-arrangé à la pure sauce Kingston, il est vrai que Hawkshaw n’a pas l’efficacité de Sly & Robbie dans le domaine.
Ici plus d’arrangements classique mais des claviers omniprésents synthés, orgues, piano rehaussant une base rythmique rock guitare-basse-batterie, guitare aussi utilisée en solo saturés d’arrière plan (couleur slow de l’époque). Des instruments légèrement décalés tissent à merveille un fond de folie naissante comme les percussions Africaine de
«Transit à Marilou» ou la géniale guimbarde de
«Premiers symptômes». Coté lettres, à noter le poème de
«Variation sur Marilou» qui réussi à transcrire le simple exercice du plaisir onaniste en toile de maître, sur un support musical assez commun pourtant, la plume de Gainsbourg est à son max.
Ne pouvant éviter la comparaison avec
Melody Nelson , moins aérien
L’homme à tête de chou souffre un peu du manque des arrangements de Vannier, plus développé, avec des textes plus riches, il atteint pourtant des sommets évocateurs comparables. Sa force est d’explorer plus avant sous la surface du réel le mal de celui qui souffre d’un amour trop lourd à porter, Gainsbourg-Baudelaire encore et toujours. - Copyright 2012 Music Story