Edward Dmytryk est un cinéaste américain d’origine ukrainienne qui a réalisé un nombre conséquents de films de série B, plus de 40 entre 1939 et 1959: ils sont pour la plupart restés inconnus en France, même dans les ciné-clubs. Peut-être est-ce dû aux effets de la Guerre Froide et du Maccarthysme: réputé de gauche, Dmytryk est mis à l’index à partir de 1947; convoqués par la Commission des Activités Anti-Américaines, il refuse de donner des noms de militants communistes et devient ainsi l’un des «Dix d’Hollywood» qui résistent à cette chasse aux sorcières. Dmytryk est emprisonné six mois puis s’exile en Grande-Bretagne où il réalise deux films. Mais, en 1951, il est le seul des Dix à se rétracter et dénonce de nombreux sympathisants communistes, dont Adrian Scott, un ami scénariste avec qui il a collaboré pour
Feux croisés. Ainsi, il a souvent, comme
Elia Kazan, été considéré comme un traître fasciste par les critiques de la gauche progressiste, son œuvre cinématographique passant au second plan.
Ce n’est pas le cas pour Warlock (L’Homme aux colts d’or) qui est son film le plus connu (avec
Ouragan sur le Caine et aussi son plus gros succès en salles, notamment grâce à une distribution éclatante. Dmytryk est surtout apprécié, notamment par
Bertrand Tavernier, comme un metteur en scène intelligent dont les qualités principales sont d’exploiter des scénarios ambitieux et de savoir diriger de grand acteurs.
L’histoire de L’Homme aux colts d’or est basée sur l’opposition entre tradition et modernité, entre campagne et ville, entre cow-boy et citadin, entre liberté et loi.
Après les échecs successifs de plusieurs shérifs pour rétablir l’ordre, la ville de Warlock, terrorisée par les cow-boys du clan d’Abe McQuown, décide d’employer un Marshall. En réalité, c’est Clay Blaisedell, un mercenaire aux colts d’or, qui est chargé par contrat de faire régner la loi voire si nécessaire de tuer les cow-boys. Épaulé par Tom Morgan, un vieil ami infirme et un organisateur hors-pair de tripot, Blaisedell réussit rapidement à rétablir la sécurité publique. Mais, comme il l’avait annoncé au départ, ses manières de procéder en dehors de tout cadre légal font que ceux qui le soutenaient se retourne contre lui. Un shérif adjoint officiel est alors nommé: il s’agit en fait de Johnny Gannon, un ancien cow-boy du clan d’Abe McQuown. Ce nouveau shérif peu expérimenté va devoir s’opposer à la fois à ces anciens partenaires et aux miliciens.
Méritant son succès, ce film nous donne à penser, comme l’affirme Tavernier dans les suppléments, que tout repose sur une histoire centrée sur des personnages originaux et un casting d’enfer.
Henry Fonda interprète un mercenaire qui préfigure Frank, le tueur à gages d’Il était une fois dans l'Ouest.
Anthony Quinn est magnifique en dandy estropié et joueur sans scrupules. La relation des deux tueurs est d’ailleurs ambiguë: l’homosexualité est sous-jacente. Richard Widmark, quant à lui, réalise une performance subtile, quoiqu’en dise notre Bertrand national (toujours dans les suppléments). Les deux femmes, joués par Dorothy Malone (
Écrit sur du vent,
La Ronde de l'aube) et Dolores Michaels, sont aussi bien campés pendant la première moitié du film: hélas, le scénario et leur place sont plus convenus une fois devenues femmes aimantes et au foyer. Tous les autres personnages sont haut en couleurs.
Wallace Ford est Holloway, un petit juge claudiquant et énervant, qui est le pendant symétrique pendant tout le film de Tom Morgan l’estropié. Tom Drake est Abe McQuown, le chef veule et lâche des cow-boys. Et enfin, Curley Burne, un homme clé du clan, est le meilleur second rôle: il est tenu par DeForest Kelley (le Dr Leonard McCoy de la série Star Trek) tout en ambiguïté.
Le scénario peut paraître complexe mais il n’en est rien grâce à une mise en scène sobre, efficace, des cadrages fluides et surtout un montage très symétrique qui renvoie les personnages (et leurs passés) les uns aux autres.
Encore un grand metteur en scène sous-estimé, heureusement réévalué par une copie DVD de grande qualité.