RZA, membre du Wu-Tang Clan, manifeste depuis longtemps un intérêt certain pour les films d'arts martiaux asiatiques (le premier album du collectif de rap, sorti en 1993, va jusqu'à s'intituler Enter the Wu-Tang (36 Chamber) en référence au classique La 36em Chambre de Shaolin). Après avoir composé les bandes originales de Ghost Dog : La voie du Samouraï et de Afro Samuraï et avoir pratiquement abandonné le hip-hop pour se reconvertir en acteur dans des projets aussi variés que Repo Men, Date Limite ou Les Trois Prochains Jours, la prochaine étape pour l'infatigable Robert Diggs était de passer derrière la caméra. Ce qu'il fait avec cet Homme aux Poings de Fer, pour un résultat mitigé.
The Man with The Iron Fists se déroule au cœur de la Chine féodale, dans laquelle un forgeron (interprété par le réalisateur), devra faire face à de multiples ennemis.
Il est cependant difficile de faire un résumé du film, partant du fait (et c'est l'un de ses défauts) que son scénario est éclaté par de multiples et bien trop nombreuses références, allant jusqu'à le rendre par moment plutôt flou. Car RZA, cinéphile dans l'âme, cherche à placer en 1h45 ses univers de prédilection : le western italien (Russell Crowe en est l'archétype, portant un « pistolet-coutelas » et vêtu à la manière du Franco Nero de Django), les films de la Shaw Brothers (la majorité du long-métrage est dédié à la société de production hongkongaise, et le film va jusqu'à être tourné en Chine), la nouvelle vague d'arts martiaux asiatiques et ses combats en l'air (révélés par le Tigre et Dragon de Ang Lee), la blacksploitation (lors des scènes de flash-backs se déroulant en Amérique, sa mère étant interprétée par une égérie du genre, Pam Grier), et bien sûr le hip-hop et les bandes originales, la soundtrack de L'Homme aux Poings de Fer n'étant pratiquement composée que de rap ou de notes placées en forme de clins d'œil (les plus avisés y reconnaitront un hommage à Ennio Morricone et John Williams).
Mais là ou Tarantino, adepte de l'exercice (et qui appose par ailleurs sa « patte » sur le projet grâce à « Tarantino présente »), parvient à unir en un ensemble harmonieux ses différentes références, RZA ne livre qu'un film plein de promesses mais brouillon car dilué dans une masse d'univers qu'un scénario flou ne parvient pas à unifier. A ceci s'ajoute des erreurs scénaristiques et temporelles nombreuses (l'esclavage américain placé du temps de la Chine féodale ??), qui tendent à prouver que le script, co-écrit avec Eli Roth, a été voulu comme uniquement référentiel, la linéarité en ayant été volontairement (ou non) écartée.
D'autant plus dommage que ce premier film n'est pas exempt de points positifs, et aurait pu donner bien plus sans ces erreurs récurrentes. Ainsi, les combats, principale force du projet, sont menés avec une grande efficacité et sont l'occasion de nombreux passages riches en hémoglobine (parfois même proches du gore !), les décors sont bons, le casting, international, s'offre quelques beaux noms (Russell Crowe, cabotin comme jamais, Jamie Chung, Lucy Liu, Rick Yune ou encore Gordon Liu) et RZA, malgré une mauvaises utilisations des split screens (hommage à De Palma ?) lors des combats finaux, s'en sort honorablement derrière la caméra et nous offre quelques passages furieusement réussis, à défaut d'être bon acteur. Mais à trop vouloir être généreux de clins d'œil et aligner les hommages à des genres cultes, le réalisateur s'y empêtre et ne parvient pas à donner une âme et un souffle propres à son film.
Dommage, car l'ensemble, épaulé par deux « parrains » de renom, ne manque pas de cœur !