Dernier chef-d'oeuvre d'Anthony Mann, l'Homme de l'Ouest annonce les films de Peckinpah tout en parachevant les westerns antérieurs du cinéaste: un héros vieillissant, le passé qui rattrape, l'avenir qui n'offre plus rien, la violence sèche, la douleur et la mort. Impassible comme jamais, muet ou d'un laconisme désabusé, le Link Jones de Gary Cooper confine au minéral, ce qui fit dire à Godard à la sortie du film que Mann retournait aux vérités premières...Le cinémascope isole les protagonistes dans le vide des plaines, cadre la cabane perdue de la bande dérisoire de Dock Tobin comme un fantôme turpide surgi du passé et déroule l'hécatombe dans la ville fantôme de Lassoo comme ce que Clint Eastwood commencera à filmer quinze ans plus tard.
La brutalité aigrie de Lee Jack Cobb, la veulerie crasseuse de truands minables sur lesquels Mann réussit à nous apitoyer,la lassitude perdue de Julie London, violée sur l'autel d'un passé trahi qui lui échappe en tout...ce film exhale une odeur de mort cendreuse.
Rare à l'âge d'or du western, les coups font mal, et on peut sentir la peur.
"Lassoo est une ville fantôme, et c'est ce que tu es aussi, Doc, un fantôme" lâche Cooper avant d'enterrer ce qui a su le rejoindre, pour repartir seul, auprès d'une femme avec qui il ne vivra pas. Magistral, et en cinémascope.