Un excellent ouvrage collectif d'histoire sociale et des mentalités, écrit par une palette de médiévistes. Il date de 1989 pour sa version française, et fut d'abord publié en italien en 1987 sous le titre "L'uomo medievale".
Qui n'observe pas la couverture en détail pourrait croire que ce livre est l'œuvre du seul historien Jacques Le Goff. Ce dernier n'est cependant l'auteur que du premier chapitre, une belle introduction à l'objectif de l'ouvrage (présentation de 10 catégories de personnes), dans laquelle quelques pages, assez magistrales par leur esprit de synthèse, listent les traits essentiels de la mentalité médiévale (ex: obsession du péché, pas de frontière étanche entre ce monde et l'au-delà, importance du miracle et des intercesseurs, etc)
Les chapitres suivants présentent successivement:
Les moines (par Giovanni Miccoli)
Le guerrier et le chevalier (par Franco Cardini)
Le paysan et le travail de champs (par Giovanni Cherubini)
Le citadin (par Jacques Rossiaud)
L'intellectuel (par Mariateresa Fumagalli Beonio Brocchieri)
L'artiste (par Enrico Castelnuevo)
Le marchand (par Aron J. Gourevitch)
Les femmes et la famille ( par Christiane Klapisch-Zuber)
Le Saint (par André Vauchez)
Le Marginal (par Bronislaw Geremek)
Outre qu'il me semble qu'il faille rendre à César ce qui lui appartient, la liste des auteurs révèle que ces historiens ne sont, pour la plupart, pas français. Ceux qui sont italiens donnent de nombreux exemples tirés de l'histoire de leur pays, tandis que pour le chapitre sur le marginal, les exemples viennent souvent du monde germanique et de sources anglaises.
Le petit glissement du centre de gravité général de l'ouvrage vers l'Italie permet au lecteur qui a déjà lu quelques ouvrages écrits par des auteurs français et plus particulièrement consacrés à l'histoire de France, de mieux distinguer ce qui constitue une constante médiévale européenne de ce qui relève d'évolutions régionales. La participation d'historiens italiens me semble d'autant plus intéressante que l'Italie fut une des régions qui connurent le plus grand développement urbain au Moyen Age (et donc aussi du rôle des marchands, du nouveau citadin, des universitaires, etc).
L'ouvrage se concentre plus particulièrement sur la période allant de l'an mil à la fin du XIVe siècle. S'il sera peut-être mieux apprécié de ceux qui connaissent déjà un peu l'histoire du Moyen Age, il reste très accessible à qui s'intéresse simplement à ce qu'on sait de l'humain à l'époque. Plus on avance dans le temps, plus riches et variées sont les sources écrites, et j'ai trouvé intéressant, par exemple, que deux auteurs puisent dans la Divine Comédie de Dante et/ou le Décaméron de Boccace des informations sur le marchand ou l'artiste ainsi que des signes d'une conscience accrue de soi-même et de l'individu en général.
Les auteurs indiquent ci et là les limites des sources disponibles (ex: peu de textes mentionnant les femmes furent écrits par l'une d'elles, et le marginal est surtout connu par des sources judiciaires). Ces traces du travail historiographique restent toujours sobres et légères tout en apportant l'information qui nourrira la réflexion et la compréhension du lecteur.
D'André Vauchez, auteur du chapitre sur le saint et l'évolution de la notion de sainteté, je recommande aussi
La spiritualité du Moyen Age occidental, VIIIe-XIIIe siècle.