On pourra s'arrêter sur l'impression de confusion, l'enchainement des pensées d'un personnage à l'autre, des victimes directes du 11 septembre aux victimes collatérales, aux terroristes eux mêmes préparant les attentats puis encore aux groupes de parole où l'on tente de se libérer du traumatisme de cette petite apocalypse. On pourra se dire que ce roman n'est pas linéaire, qu'il n'y a pas d'intrigue mais là n'est pas le sujet. De Lillo explore avec une écriture ciselée, l'intérieur des crânes, et nul ne semble comprendre ce qui s'est réellement passé. C'est si proche au fond. Et plutôt que de chercher des responsables, des explications, de Lillo saisit l'instant d'un pays traumatisé, suspendu à la peur encore. C'est l'instantané d'une journée terrifiante qui se prolonge encore et encore dans le temps distendu des victimes. De la grande littérature.