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En 1944, il eût été un héros. En 1994, il a été jugé comme criminel et déséquilibré notoire. Qui se souvient de Christian Didier ? Peu de gens à vrai dire. Celui qui voulait à tout prix briser l'anonymat par l'écriture (il a publié deux romans totalement oubliés) risque de ne laisser qu'une très mince empreinte à la rubrique des faits divers. Christian Didier ? On n'a pas retenu son patronyme, on a préféré le désigner anonymement comme "l'homme qui a tué René Bousquet". Une exécution sommaire, quatre balles à bout portant qui ne laissent aucune chance à l'ancien chef de la police sous Vichy, alors âgé de 84 ans. Christian Didier a eu son jour de gloire. Il a fait la une. Il a "descendu" Bousquet. Mais tous – ses juges, les anciens déportés juifs, l'opinion publique en général – ont eu l'impression que l'acte de Christian Didier était un contresens historique total, un contretemps inutile.
De peur qu'il ne soit jugé définitivement comme "lamentable aux yeux du monde et sans postérité", Henri Raczymow a décidé de revenir sur le cas de Christian Didier. Non pour l'excuser, mais pour comprendre les motivations profondes de celui qui aurait voulu être un héros. Pour Raczymow, les motivations profondes du crime de Didier sont avant tout littéraires. La vérité est que la littérature peut pousser au meurtre. Ouvrage étonnant, L'homme qui tua René Bousquet est une enquête ténébreuse sur les ressorts d'une âme humaine qui s'est abîmée dans la littérature et perdue dans le crime. --Denis Gombert