Eric Dardel, géographe de l'après-guerre, publie L'Homme et la Terre en 1952, période de la moderne géographie quantitative. C'est la raison pour laquelle son oeuvre n'a pas eu de succès et n'a pas été considérée dans le milieu académique, concentré à cette époque sur le positivisme. C'est pour cela que l'oeuvre géographique et à la fois poétique,indirectement philosophique de Dardel ne fut pas lue. Mais la géographie phénoménologique et ensuite humaine en redécouvriront 20 ans plus tard l'extre^me importance. En effet Dardel offre une vision subjective et profondément littéraire de la réalité géographique. Il est écrivain et géographe, il met sa belle écriture au service d'une discipline scientifique qui habituellement ne focalise que sur la vérité démontrée et l'objectivité, non pas sur l'esthétique et les émotions.
Il décrit un espace terrestre existant seulement à travers l'interaction Terre/Homme: la Terre existe pour l'Homme, gra^ce à l'Homme, a des dimensions humaines. Il invite le lecteur à une connaissance sémiologique de la Terre en lui rappelant que la géographie est étymologiquement "l'écriture de la terre":il faut savoir lire les signes de la terre pour en connai^tre l'histoire mais surtout pour connai^tre l'Homme. Dardel trace ensuite un portrait de l'évolution de la géographicité de l'Homme en nous exposant, non pas une histoire diachronique de la géographie, mais des géo-graphies mythique, héroique, scientifique etc., en mettant en relief les liens profonds et changeants unissant l'humanité à la Terre.
Cette oeuvre est d'une lecture très agréable et très intéressante, elle nous fait redécouvrir la géographie, cette discipline dénigrée, poétiquement.