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Pour l'entreprise ou en économie, ce qui compte c'est la réalité exprimée sous forme de chiffres, de ratios, de statistiques, sur la concurrence, les marchés... chacun veille à ne se référer ni à l'idéologie, ni à l'utopie considérées comme l'oeuvre de doux rêveurs, ou même de «dangereux individus» et surtout n'apportant pas de résultats tangibles. Mais, si en suivant le cheminement de la pensée active à travers le livre, on considère l'idéologie et l'utopie sous leur angle positif qu'en est-il ?
L'idéologie, dans son sens d'intégration devient un concept explicatif pertinent. Car qu'est-ce qui fait le ciment d'une entreprise, sa capacité à se considérer comme une entité ayant son identité propre, sinon un référentiel commun ? Or l'idéologie peut se reconnaître dans la manière de penser des cadres dirigeants, la manière dont ils entraînent par mimétisme les autres à leur ressembler tout du moins dans leur comportement pour progresser.
C'est aussi une manière de comprendre les règles implicites - objet d'une étiquette très précise et codifiée - de fonctionnement d'une organisation. Bien que non écrite, elle est une forme de référence, elle sous-tend les décisions, elle est omniprésente. Bien que niée, elle est si prégnante qu'il est possible de se demander si elle n'est pas plus que la réalité. Dans d'autres sociétés, ces codes sont écrits. N'y a t'il pas un serment juré en entrant dans les entreprises japonaises ?
On peut donc dire que c'est à travers cette grille de lecture implicite que la réalité de l'entreprise est observée. En ce sens l'idéologie est dominante car elle est partagée par le plus grand nombre. C'est le principe d'inclusion, celui qui n'adhère pas est exclu. Même l'opposition des syndicats est du domaine de l'inclusion. C'est pourquoi les syndicats peuvent difficilement sortir du jeu de l'opposition univoque vis-à-vis des dirigeants. Ils sont difficilement les inspirateurs d'idées véritablement novatrices. Dans le cas contraire on peut observer les conflits de pouvoir que cela engendre à l'intérieur du syndicat lui-même.
Mais imaginons maintenant que l'entreprise reste soumise au «principe de réalité» et à l'idéologie, facteur d'intégration, comme il a été proposé. Peu à peu l'imagination s'endort, l'entreprise risque de se scléroser et d'en mourir.
L'utopie propose en ce sens une recomposition de l'entreprise dans le temps et l'espace. Que pourrait-elle être, si on l'invente différente, rêvée, par le recours à l'intuition. L'appel à cette forme de création permet d'imaginer une entreprise différente pour le futur. Cette création est un moyen d'influer sur l'avenir.
Mutatis, mutandis, la création de produits nouveaux procède un peu de cette folie créatrice. Certains paris de créateurs qui ont inventé des produits, tels la montre Swatch, ont permis un fort développement. Les «utopistes» peuvent inspirer les stratèges, ou ouvrir une brèche dans la représentation collective liée à l'idéologie. La NASA qui inclue dans ses équipes de chercheurs au moins un poète, n'a-t-elle pas intégré de facto cette façon positive de considérer l'utopie ? Ainsi si l'idéologie contribue à être le ciment, l'utopie permet-elle à l'entreprise d'inventer son avenir.
Quant à l'individu lui-même, Nietzsche dans sa création de l'homme nouveau ne fait-il pas appel à la description d'un processus du même type ? Et si la comparaison n'est pas trop osée, l'homme ne se construit-il pas en tension entre ces deux opposés ? Le pôle «idéologie» qui permet d'adhérer aux règles minima de vie en société, de nous référer à ce en quoi nous croyons, et le pôle «utopie» qui nous permet d'explorer «les possibilités latérales du réel» et de nous faire avancer ?
Ce livre, par l'appétit qu'il crée, pour la réflexion qu'il suggère, permet à chacun de s'adapter au monde en mutation constante et de rester le créateur de son devenir. -- Marie José d'Andrade -- --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
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5 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Idéologie et utopie,
Par
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Idéologie et l'Utopie (Poche)
Pour Paul Ricoeur, l'Idéologie, première forme d'imagination, lorsqu'elle est référée à la réalité apparaît commeDISTORSION (MARX) LÉGITIMATION (WEBER) INTÉGRATION (GEERTZ) L'Utopie, quant à elle, deuxième forme d'imagination, apparaît comme EXPLORATION DU POSSIBLE (MARX) NOTION FÉCONDE (MANNHEIM et HABERMAS) Recension de l'utopie est présentée dans http://www.initiationphilo.fr/ On y apprend que « Si l'idéologie est la fausse conscience de notre situation, nous pouvons imaginer une société sans idéologie. Mais nous ne pouvons pas imaginer une société sans utopie, car ce serait une société sans dessein. La distance qui nous sépare de nos fins est différente de la distorsion de notre propre image. La disparition des différentes formes de l'utopie ferait perdre à celui-ci [l'homme] sa volonté de façonner l'histoire à sa guise et, par cela même, sa capacité de la comprendre ». Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Une lecture magistrale,
Par Un client
Ce commentaire fait référence à cette édition : l'Idéologie et l'utopie (Broché)
Ce livre est une lecture de Paul Ricoeur, donnée à l'origine à l'Université de Chicago en 1975. Pour ceux qui s'intéressent à l'idéologie ou à l'utopie, mais surtout pour tous ceux qui veulent avoir une vision plus claire de l'histoire des idées, ce livre est absolument magnifique, d'une intelligence rare, et en outre Ricoeur y est d'une clarté limpide. De Marx à Habermas à Geertz en passant par Weber, la lecture de Ricoeur est formidable.
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5.0 étoiles sur 5
Remarquable d'intelligence, pour reconnaître en chacun de nous un idéologue et un utopiste,
Par Caetano Veloso (France) - Voir tous mes commentaires
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Ce commentaire fait référence à cette édition : L'Idéologie et l'Utopie (Poche)
« Ma conviction est que nous sommes toujours pris dans cette oscillation entre idéologie et utopie. Il n'y a pas de réponse au paradoxe de Mannheim, sauf à dire que nous devons essayer de guérir la maladie de l'utopie à l'aide de ce qui est sain dans l'idéologie: son élément d'identité qui est, encore une fois, une fonction essentielle de l'existence; et tenter de guérir la rigidité, la pétrification des idéologies par l'élément utopique. Mais il est trop simple de répondre que nous devons garder l'enchaînement dialectique. Nous devons plutôt nous laisser attirer dans le cercle et ensuite tenter d'en faire une spirale. On ne peut éliminer l'élément de risque d'une éthique sociale. Nous parions sur un certain ensemble de valeurs et nous tentons ensuite d'être conséquents par rapport à elles : la vérification est donc une question qui concerne l'ensemble de notre vie. Nul ne peut y échapper. Celui qui prétend avancer en étant exempt de jugements de valeur ne trouvera rien. Comme l'énonçait Mannheim lui-même, celui qui n'a ni projets ni objectifs n'a rien à décrire. (...)Pourtant, même avec cette réponse, nous courons encore, semble-t-il, le danger d'être entièrement captifs du fait que tout idéologie, quelle qu'elle soit, est ce qui nous oriente. Mannheim, rappelons-le, répondait à cela en distinguant le relativisme et le relationnisme. Il affirmait qu'il n'était pas relativiste mais relationniste. Sa position était que si notre perspective est suffisamment large, nous pouvons voir comment les diverses idéologies reflètent des points de vue limités. Seule l'amplitude de notre vision nous affranchit de l'étroitesse d'une idéologie. C'est, nous l'avons remarqué, une sorte de revendication hégélienne, car le projet de Hegel consistait précisément à dépasser les variétés de l'expérience humaine en les englobant dans un tout. Chaque part de l'expérience prend alors sens par sa place dans le tout. Nous pouvons situer une idéologie déterminée comme une partie du tableau d'ensemble. Cette proposition est néanmoins liée, une fois de plus, au problème du spectateur non impliqué, qui est en fait l'Esprit absolu, le Geist. Le Savoir Absolu de Hegel devient le spectateur exempt de jugements de valeur. Mannheim avance l'idée de l'intellectuel non engagé dans la lutte pour le pouvoir et qui comprend tout. Je dirais plutôt que nous ne pouvons pas nous retirer du cercle de l'idéologie, mais que nous ne sommes pas non plus entièrement conditionnés par notre place dans ce cercle. Nous savons que le paradoxe de Mannheim existe uniquement parce que nous avons la capacité de réfléchir sur notre situation : c'est cette capacité que Habermas appelle Selbstreflexion. Par ailleurs, les gens ne sont pas non plus entièrement pris dans une idéologie : un langage commun implique des échanges, une neutralisation des préjugés étroits. Cet exercice du soupçon, qui a commencé il y a plusieurs siècles, nous a déjà transformés. Nous sommes plus prudents par rapport à nos croyances, parfois même jusqu'à manquer de courage. Les gens sont aujourd'hui plus paralysés qu'aveuglés. » Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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