Cela me peine de ne mettre que quatre étoiles à cette nouvelle édition du premier grand film de Comencini sur l'enfance, sans doute son chef-d'oeuvre, qui contrairement à beaucoup de ses autres films, scandaleusement non édités en dvd, bénéficie désormais de deux éditions. Disons-le tout de suite: cette nouvelle édition n'est pas à la hauteur et n'améliore que très modérément
la précédente, quand bien même elle se gargariserait de son "nouveau master restauré".
Sur le film, auquel je délivre pour ma part cinq étoiles sans barguigner, voir tout d'abord pour ceux qui ne le connaîtraient pas le synopsis ci-dessus. Vrai mélodrame, oeuvre ne refusant en aucun cas l'émotion mais traitant son sujet avec beaucoup de délicatesse, Incompreso / L'Incompris n'est pas l'immonde tire-larmes que beaucoup ont cru voir à sa sortie, en 1967. Assez rapidement, grâce également à l'activisme d'une (petite) poignée de critiques clairvoyants et de Simon Mizrahi, qui fut l'attaché de presse du film et qui en orchestra la ressortie triomphale quelques années plus tard, on vit le film pour ce qu'il était: une exploration hyper-sensible de la réaction de deux enfants d'âge et de tempérament différents à l'absence de leur mère, et du rapport complexe entre le père et l'aîné, dont l'insensibilité supposée, de plus en plus affichée à mesure qu'on la lui renvoie, devient incompréhension tragique. Comencini est bien l'immense directeur de jeunes acteurs qu'on a souvent célébré: le jeu de Stefano Colagrande est ici absolument juste et déchirant. Mais il est aussi un metteur en scène de premier ordre, sachant tirer parti de l'espace et des décors, capable de faire naître l'émotion avec des moyens simples mais qui s'accompagnent d'une sophistication de la mise en scène qui, pour en être bien réelle, ne se met jamais en avant.
Si l'on ne supporte pas le mélodrame, c'est certain que l'on trouvera ici de quoi redire. L'utilisation de la musique en gênera peut-être certains.
L'adagio du concerto n°23 en la majeur de Mozart risque par la suite de rester attaché à ce film, pour le meilleur ou pour le pire, mais je ne trouve pas quant à moi qu'il soit déplacé ou qu'il soit de ce fait déprécié. En bref, on peut encore aujourd'hui à bon droit trouver ce film admirable, et pas seulement parce qu'il serait un des films les plus sensibles jamais réalisés sur l'enfance, ce qu'il est évidemment.
Carlotta, contrairement à son habitude, livre une édition "sèche", sans aucun supplément. Non seulement le film n'est pas plus mis en valeur, alors même qu'il existait déjà une autre édition, toujours en vente:
Incompris. Seule la VOSTF est disponible, comme dans l'édition précédente. Mais surtout - là réside la déception majeure en ce qui me concerne - le nouveau master restauré n'est pas franchement à la hauteur. En fait, les copies de ces deux éditions ont chacune leurs défauts: plus sombre et aux couleurs moins vives pour la première, moins naturelle et sentant plus la numérisation pour ce nouveau master restauré. Aucune des deux n'est scandaleuse, mais aucune des deux n'est parfaite. Personnellement, même si je reconnais que le nouveau master restauré est plus "propre" et plus clair, je ne peux m'empêcher de voir le résultat d'une numérisation hâtive et peu probante. Carlotta a sans doute acheté un travail déjà effectué en Italie, comme trop souvent peu satisfaisant en raison de la volonté de faire le plus neuf et clinquant possible. J'espère avoir éclairé votre lanterne si jamais vous hésitez entre les deux éditions, en fonction de si vous êtes gêné ou non que cela "sente" un peu trop la numérisation. Si vous êtes déjà détenteur de l'édition précédente et que vous envisagiez d'acquérir cette nouvelle édition, vous saurez au moins qu'elle ne constitue en aucun cas une révolution par rapport à la précédente.
Rappelons que Comencini est l'auteur de nombre de très beaux films, même s'ils ne sont pas tout à fait à la hauteur de L'Incompris. De tous les réalisateurs italiens de la grande époque, il est le plus délaissé. Où sont les dvd pour ses autres grands films sur l'enfance, pour se limiter à eux: Eugenio, Cuore, voire Un Enfant de Calabre? Avis aux éditeurs (Carlotta?), qui feraient mieux de concevoir un coffret avec un véritable accompagnement critique plutôt que de faire de nouvelles éditions décevantes des mêmes films.