Etonnant écrivain que Milan Kundera... Surprenante vision que celle de l'auteur tchèque. Déroutantes réflexions que celles contenues dans ses œuvres... A mesure que défilent les pages, on se pose une question : lui qui connaît la Bible sur le bout des doigts n'est-il pas en réalité un suppôt de Satan ? Un fils de Caïn ?
L'Insoutenable Légèreté de l'être semble partir dans tous les sens. Un quatuor infernal s'articule autour de Thomas, chirurgien dans la vie, libertin dans l'âme , Teresa, photographe sur le tard, amoureuse possessive au possible, Sabina, artiste libre et libérée, papillon éphémère dans ses relations sentimentales, et enfin Franz, érudit à la curiosité inlassable, en quête de l'amour fusionnel. Les bases d'un excellent vaudeville pourraient être posées, or, l'œuvre de Kundera ne peut être cataloguée dans le roman d'amour. Ses réflexions se concentrent certes autour du sentiment amoureux, mais elles s'étendent à d'autres sphères, telles que l'homme et l'Histoire (l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie), le kitsch (état transitoire entre la mort et l'oubli) et surtout, la relation entre Homme et Animal. Le chien de Teresa et Thomas, Karenine, donne un échos particulièrement déroutant de ce qu'aurait pu être la relation amoureuse entre Adam et Eve...
Fils de Caïn ? Pourquoi pas... Kundera nous dévoile, avec ce style enfantin qui semble l'amuser au plus haut point (il corrige les traductions lui-même), la plupart de nos contradictions à nu. On se reconnaît dans chacun des personnages, tant dans leurs souffrances que dans leur extase. A noter que la version folio nous offre une réflexion de l'auteur autour de l'idylle particulièrement passionnante. Pas vraiment un roman, pas vraiment un essai, l'insoutenable légèreté de l'être assure à Kundera une place méritée parmi les plus grands du XXème siècle.