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Le poids de ce pavé a de quoi effrayer ; le titre, volontiers énigmatique, et la personnalité de l'auteur – directeur de la
N.R.F. – également. Pourtant, rien qui freine véritablement la lecture de ces 680 pages, certes touffues, mais soutenues par une verve – et une verdeur – inépuisables.
Michel Braudeau traite un sujet grave, à résonances métaphysiques (pour résumer très sommairement : le devenir de l'âme et du corps, à la lumière de certaines dérives médicales). Il y distille un humour et une légèreté qui ne manquent pas de séduction. Mais certains lecteurs risquent fort de rester sur leur faim : la complexité du récit tourne parfois au fouillis, et les scènes de sexe se multipliant, on cherche vainement perspectives ou courants d'air dans ce jeu de marionnettes un peu vain. Certains y verront la marque d'un désespoir élégant, très "début de siècle" ; d'autres, le signe d'une pure et simple indigence de pensée. En tout cas, on aurait préféré voir cette virtuosité servir un propos plus personnel, et une littérature plus authentique. --Scarbo
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Un roman dans lair du temps, nouant nombre de fils qui parcourent la fiction française, de la provocation sur les usages du sexe à la remise en cause du tabou entre les espèces. Sans oublier lincontournable confiscation de lhumain par la technique : des chercheurs saffranchissant de toutes les règles de déontologie et ne poursuivent que la perfection de leur art. Ici, le cobaye sappelle Damien. Enfant, on lui a injecté de la cervelle de singe. Depuis, ses aptitudes et ses émotions sen ressentent. Un roman ambitieux, écrit avec toutes les ruses de lécrivain confirmé, que ses conventions décriture nous rendent agréable. Même si lon peut déplorer ça et là des ficelles trop évidentes.
Un roman qui laisse toutefois plus intacte quil ne le croit la question de lhomme. Lorsque Damien et Hermione volent vers le secret de leurs origines, symboliquement situées chez les aborigènes, cest dans lextase du monde naturel quils sy livrent. A poser en dernière instance une sorte de vérité aborigène de lhumain, ce que lon redécouvre au fond, cest lactualité du drame de Zarathoustra. La plus haute forme de lesprit serait celle de lesprit de lenfant, dans labsence du temps et linnocence de ses jeux. Mais la vie ne connaît quelle-même, cet éternel retour du même. La sagesse de Zarathoustra, qui est de dire «oui» à tout, est dabord son drame : seuls les animaux sy abandonnent, à peine les singes et les enfants tels que nous les rêvons. Cette mystique de lhumanité comme monde de linfra nincarne que piètrement le mythe de lunité de la vie. --
Joël Jégouzo
Présentation de l'éditeur
Le roman débute par une étrange chasse à courre dans les bois de Meudon. Le professeur Sarastre, suivi de trois hommes à moto, traque et tue un jeune Arabe dont il porte le corps. Deux témoins ont assisté à la scène : Quentin le plus proche collaborateur de Saraste, et Aliocha, reporter d'une cinquantaine d'années, officiellement chargé d'enquêter pour son journal sur la disparition de plusieurs immigrés. En réalité, il surveille la clinique très discrète du professeur, qui abrite nombre de célébrités. Il apprend que Bayard, chef d'une secte dissoute est arrivé dans le plus grand secret. Laissé pour mort, défiguré, il vient se faire greffer un nouveau visage. Sarastre est un héritier du docteur Voronoff, qui réalisa dans les années vingt des greffes d'espèce animale sur l'homme. On découvre au fil des pages son incroyable projet. Il est contraint de fuir en Thaïlande puis en Australie pour poursuivre ses expériences.
L'auteur vu par l'éditeur
Michel Braudeau, romancier, a obtenu le prix Médicis 1985 pour "Naissance d'une passion". Il est l'auteur de "L'Objet perdu de l'amour", "Mon ami Pierrot" et "Pérou". Grand reporter au Monde, il est aujourd'hui rédacteur en chef de la NRF.